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Justin: fini, les culottes courtes!

Justin: fini, les culottes courtes!
Photo SIMON CLARK

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Avant, il y avait une étape importante dans la vie des petits garçons : quand ils cessaient de mettre des culottes courtes pour porter des pantalons.

Ça arrivait vers 6, 7 ans.

On leur disait : « Tu as l’âge de raison, maintenant, tu peux t’habiller en homme comme papa ».

(C’était l’époque où il y avait encore des papas et des mamans, pas des parents 1 et des parents 2.)

TOY STORY 3

Eh bien, c’est ce qui est arrivé au premier ministre du Canada cette semaine.

Il a troqué ses culottes courtes contre un pantalon.

Le petit Justin, celui qui tripait sur les licornes et les calinours, et qui ne quittait jamais la maison familiale sans sa malle de costumes et sa boîte de Kleenex, a finalement agi comme un chef d’État.

Il a osé prendre une décision difficile.

Quand tu es jeune, tu veux plaire à tout le monde et ne faire de la peine à personne. Tu recherches l’approbation, les compliments, le consensus.

« Oh ! mon Dieu qu’il est cuuute ! Vous l’avez vu, avec ses chaussettes Chewbacca ? A-do-ra-ble ! »

Mais quand tu vieillis, tu commences à en avoir ras le bol des mémés qui te pincent la joue, qui te donnent des paparmanes et qui te traitent comme un gamin.

Tu veux être pris au sérieux.

Quitte à te faire des ennemis.

En annonçant qu’il allait acheter le pipeline Trans Mountain pour la modique somme de 4,5 milliards de dollars, Justin Trudeau a fait comme Andy à la fin de Toy Story 3 : il a quitté le monde enchanté de l’enfance pour entrer dans l’univers complexe et imparfait des adultes.

Terminées, les solutions rose bonbon !

Désormais, on regarde la réalité dans les yeux.

Et la réalité est que le Canada ne peut pas se permettre de passer à côté de 47 milliards $ de revenus possibles.

Vous voulez des programmes sociaux chromés ? Vous êtes comme François Legault et vous l’aimez, votre beau filet social fédéral ?

Eh bien, il faut de l’argent pour financer tous ces programmes, et jusqu’à preuve du contraire, l’argent ne pousse pas dans les arbres.

On n’est pas chez Willy Wonka.

ACCEPTER DE DÉPLAIRE

Vous vous rappelez, quand vous étiez en 5e année et qu’un de vos meilleurs amis se mettait à fréquenter les gars du secondaire ?

C’est comme ça que se sont sentis les écolos, hier.

« Tiens, Justin a changé de camp. Il ne veut plus nous parler, il veut se tenir avec les grands, maintenant... On lui téléphone et il ne retourne plus nos appels. Ce n’est plus notre ami... »

La décision qu’a prise le premier ministre risque de lui coûter très cher politiquement. La gauche le considère maintenant comme un suppôt des pétrolières, et la droite, comme un socialiste à la Hugo Chavez qui rêve de nationaliser le transport de l’or noir.

Mais c’est ça, diriger. C’est trancher.

C’est-à-dire : accepter de déplaire.

Cette semaine, Justin Trudeau a brisé son image de scout gnangnan qui voulait être l’ami de tout le monde.

Il était temps.

Maintenant, s’il peut faire preuve du même réalisme face aux sirènes du multiculturalisme...