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La révolution du bon sens: protéger le territoire

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ANDRÉ Pépé PÉRIARD/L'ÉCHO DE LAVAL/AGENCE QMI

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La campagne provinciale ontarienne tire à sa fin. Parmi les soubresauts, Doug Ford, chef du Parti progressiste conservateur de l'Ontario, a été surpris sur vidéo à vouloir ouvrir une «big chunk» (un gros morceau) de la ceinture verte au développement immobilier. La scène électorale ontarienne a des familiarités avec le jeu qui se joue dans la région métropolitaine de Montréal autour du Plan d’aménagement et de développement (PMAD).

On ne touche pas à la ceinture verte

La ceinture de verte de Toronto, c’est 7200 km2 qui entourent la grande région de Toronto aux abords du lac Ontario, région qualifiée sous le nom de «Greater Golden Horseshoe» en raison de sa forme similaire à un fer à cheval. Établie en 2005, elle protège des milieux environnementaux fragiles et empêche de gruger les terres agricoles au profit du développement immobilier et de l’étalement urbain.

Tant les libéraux provinciaux de la première ministre sortante, Kathleen Wynne, que le Nouveau parti démocratique de l’Ontario d’Andrea Horwath ont décrié cette sortie de M. Ford. Mme Wynne a même comparé cette stratégie d’une façon de transformer la ceinture verte en un «fromage suisse». Critiqué de toute part, il a rapidement tiré un trait sur cette idée semblant improvisée. Tellement rapidement qu’un jour plus tard, M.Ford a fait marche arrière et a pris l’engagement de protéger l’intégrité de la ceinture verte torontoise. Les résultats électoraux du 7 juin nous diront ce que réserve l’avenir chez nos voisins. Le gain toutefois réside dans l’engagement de tous les partis provinciaux à protéger l’intégralité de la ceinture verte. Cet engagement est en cohérence avec les politiques de Smart Growth appliquées en Ontario (adoptée sous le gouvernement conservateur de Mike Harris en premier lieu et poursuivie avec Places to Grow sous les libéraux) et témoigne d’un souci d’offrir un héritage durable pour les générations à venir.

Aller à contre-courant du développement durable

De retour chez nous maintenant où chacun rivalise pour prendre la position de tête des élections provinciales. Lors des Assises de l’Union des municipalités du Québec (UMQ) à la fin mai, François Legault a lancé un pavé dans la mare : s’il est élu, il souhaite revoir la gouvernance de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) composée des 82 municipalités de la région métropolitaine. Sans surprise, il n’aura fallu que quelques heures pour que la CMM réitère l’importance d’une gouvernance métropolitaine, que l’on pense à la planification de la mobilité durable, au positionnement économique à l’échelle internationale ou à la capacité de se doter d’objectifs collectifs d’aménagement du territoire. Tout en rappelant poliment à la formation politique de M. Legault que la région métropolitaine est composée de «cinq grands secteurs de développement : l’île de Montréal, l’île de Laval, les villes de la couronne Nord, l’agglomération de Longueuil et les villes de la couronne Sud».

Il ne faut pas être sorcier pour deviner le jeu de la Coalition Avenir Québec. N’ayant peu ou pas de gains à faire à Montréal, elle attise la rivalité Montréal vs les couronnes. Nonobstant cela, il y a des enjeux majeurs à l’ombre de cette sortie sur la gouvernance de la Communauté métropolitaine de Montréal. La protection du territoire agricole et des milieux humides en tentant de mettre un frein à l’étalement urbain déraisonné sont au cœur de ce débat. Le Plan métropolitain d’aménagement et de développement (PMAD) fait l’objet de pressions pour être «ouvert» et permettre le développement qui grugerait le territoire agricole. Dans ce contexte, il serait extrêmement dommageable pour le développement de la région métropolitaine (et du Québec en entier compte-tenu de son importance) que le débat provincial vienne fragiliser cet acquis gagné par un long travail de l’ensemble des 82 municipalités.

Prendre l’engagement de protéger le territoire

Malheureusement, le PMAD n’a pas encore le même statut que la ceinture verte torontoise dans l’imaginaire collectif. Adopté en 2011, le PMAD n’est pas à l’abri d’une stratégie de «fromage suisse». À l’instar de nos voisins ontariens, les formations politiques doivent prendre des engagements clairs envers la protection du territoire et l’intégralité du PMAD dans le cadre de cette campagne. Pour cela, elles devront s’élever au-dessus de la mêlée et des intérêts à court terme et aborder les enjeux de fonds de l’aménagement et de la mobilité durable tels que celui de la fiscalité ou, dit autrement, oser mettre un frein à l’étalement urbain et au gaspillage éhonté de notre territoire. Si même Doug Ford l’a dit...