/portemonnaie/business
Navigation

À quoi ressemblera l’industrie du cannabis au Canada?

À quoi ressemblera l’industrie du cannabis au Canada?
Crédit photo : Itay Kabalo sur Unsplash

Coup d'oeil sur cet article

D’ici la fin de l’année, le cannabis sera légal partout au Canada et la nouvelle industrie s’organise déjà pour répondre à la demande.

J’ai rencontré Phil Dépault, un entrepreneur québécois qui s’est lancé dans le domaine après avoir découvert les vertus médicinales de la plante.

Il est le cofondateur de Maïtri, une compagnie qui promeut une dé-stigmatisation de l’utilisation du cannabis à travers des accessoires et des produits dérivés de qualité. L’entreprise compte également se lancer dans la production.

Une légalisation progressive

Au Canada, la légalisation s’est d’abord faite à travers le cannabis médicinal en 2001. Seulement des individus souffrant de certaines pathologies pouvaient avoir légalement accès à une quantité donnée pour leur consommation personnelle.

C’est le cas de Phil.

Après une carrière sportive professionnelle, il a été atteint de douleurs musculaires chroniques, l’empêchant de dormir la nuit et de vivre normalement.

Un soir, il a fumé un joint.

«En me réveillant le matin, j’ai remarqué que j’avais passé une nuit paisible, sans douleur» raconte-t-il. Depuis, Phil consomme du cannabis quotidiennement.

C’est à partir de la production médicinale que l’industrie privée du cannabis s’est créée en 2014, à l’initiative des Conservateurs.

Ensuite, les Libéraux arrivés au pouvoir en 2015 ont respecté une promesse de campagne, soit la légalisation du cannabis à usage récréatif.

«Je n’aime pas le terme récréatif», déclare le jeune entrepreneur. Pour lui, il y a une utilisation médicinale et une utilisation «adulte de plus de 18 ans».

En effet, le but de la légalisation n’est pas seulement de rendre le cannabis disponible à des fins récréatives, mais de l’enlever du Code criminel, de le règlementer, de le taxer et de proposer aux consommateurs du pays un produit de qualité.

Plusieurs modèles d’application

La légalisation ne s’appliquera pas de la même façon partout.

Santé Canada règlementera la production et accorde les licences, mais c’est les provinces qui mettront en place leur modèle de distribution et de vente.

On peut en retenir trois:

  • Le modèle 100% privé : n’importe qui peut appliquer pour distribuer ou vendre du cannabis. La Saskatchewan a choisi ce modèle.

            De son côté, la Colombie-Britannique a opté pour un modèle hybride privé avec plus de règlementations, notamment en limitant à 30g la quantité qu’une personne peut acheter.

  • Le modèle public-privé : la distribution est gérée par le gouvernement et la vente au détail par des boutiques privées. C’est le cas de l’Alberta et du Manitoba.
  • Le modèle 100% public : la distribution et la vente sont exclusivement gérées par le gouvernement. C’est le choix de l’Ontario et du Québec.
À quoi ressemblera l’industrie du cannabis au Canada?
Esteban Lopez - Unsplash

Au-delà des trois modèles, les provinces se différencient dans le caractère et les objectifs de leur législation.

Phil Dépault relève par exemple que le Québec s’introduit dans le domaine du cannabis à des fins non commerciales. De même, le gouvernement québécois souhaite interdire aux citoyens de cultiver leur propre plante alors que le fédéral souhaite octroyer le droit de faire pousser jusqu’à quatre plants par résidence.

«Je trouve ça absurde. Le Québec n’est pas en train de légaliser le cannabis, il est en train de faire une prohibition 2.0», affirme le PDG de Maïtri.

Les grands joueurs du cannabis 

Au Canada, quatre grandes entreprises mènent les débats.

Trois d’entre elles sont évaluées à plusieurs milliards de dollars tandis qu’une autre est plus spécialisée, mais non moins intéressante.

Les trois grandes sont : 

  • Canopy Growth, fondée par Bruce Linton est évaluée à 6,3 milliards de dollars est le plus grand joueur du milieu, visant également une expansion internationale.
À quoi ressemblera l’industrie du cannabis au Canada?
Bruce Linton - Crédits Photo: Louis Delisle
  • Aurora Cannabis a acquis MedReleaf dans l’une des plus grosses opérations financières de l’industrie pour donner une entreprise qui pourrait valoir près de 7 milliards de dollars et être un fort concurrent de Canopy.
  • Aphria Inc. est évaluée à 2.1 milliards de dollars.

L’entreprise qui sort un peu du lot est Hiku. Fondée par Alan Gertner, un ancien haut cadre de Google reconverti dans le cannabis, la compagnie est moins grosse, mais a la particularité de fortement opter vers une promotion d’un mode de vie procannabis.

En défiant le stéréotype du pothead, Hiku propose une autre manière de consommer le cannabis. Le PDG souhaite que le cannabis se banalise comme l’alcool. 

C’est dans cette optique qu’il a acquis Maïtri.

Phil Dépault voit cette acquisition comme un pas très satisfaisant pour la croissance de son entreprise.

«Dés le départ, on a travaillé pour nous associer à un gros joueur. Aujourd’hui, on a beaucoup d’indépendance, mais on n’a pas à s’inquiéter de l’aspect financier.

Maintenant, on veut travailler fort pour s’introduire progressivement au Québec.»

Pourquoi le cannabis était interdit à la base ?

Le cannabis reste une plante interdite dans bon nombre de pays, considérée comme une drogue nocive. 

Lorsqu’on pense au cannabis, le mot marijuana nous vient tout de suite à l’esprit. Pourtant, ce mot serait une invention ayant pour objectif de donner une connotation étrangère à la plante et la discréditer. 

«Le mot marijuana a une base raciste», explique Phil.

Dans les années 1930, le chanvre (une plante proche du cannabis) faisait concurrence au papier. Afin de s’opposer à cela, le lobby du papier américain a assimilé le chanvre au cannabis et a monté une grande opération de propagande pour promouvoir le danger de la fumette.

Le film Reefer Madness paru en 1936 participait à cette opération de relations publiques en montrant des individus sous influence commettre toute sorte de crimes.

À quoi ressemblera l’industrie du cannabis au Canada?
Reefer Madness - Wikimedia Commons

Pour Phil, «alors qu’avant les années 1930, les médecins prescrivaient l’huile de cannabis à des fins de santé, la propagande a fini par en faire une drogue dangereuse et elle a été interdite».

Ensuite, le Canada et le reste de l’Occident auraient suivi le pas des États-Unis.

«La guerre contre la drogue est une hypocrisie couteuse qui a mené trop d’innocents en prison. Il était temps de réparer ça», conclut Phil.

 

Suivez-nous sur
les réseaux sociaux