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Maudit «changement»!

Les soucis économiques suscités par Trump sont une occasion pour les libéraux de revenir à la rhétorique de Jean Charest de 2008 : les deux mains sur le volant.
Photo Reuters Les soucis économiques suscités par Trump sont une occasion pour les libéraux de revenir à la rhétorique de Jean Charest de 2008 : les deux mains sur le volant.

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On dira ce qu’on voudra, ce n’est pas facile d’être un libéral du PLQ en 2018.

C’est pour cette raison que près de 20 députés libéraux sur les quelque 70 de 2014 ne solliciteront pas un autre mandat. Le dernier départ annoncé, cette semaine, fut des plus surprenants : Robert Poëti.

Précisons : la principale difficulté « PLQuiste » est d’articuler dans son discours électoral deux notions contradictoires : le changement et la continuité.

Le changement émane de la continuité

Philippe Couillard a tâtonné tout l’automne pour y arriver. Il a d’abord promis d’être le candidat du « changement profond », plutôt que superficiel ; il a ensuite largué le mot « changement », pour « transformation du Québec ».

Au remaniement d’octobre, il n’avait clairement pas encore trouvé la formulation qui lui plaisait. Il s’était rabattu sur le cliché selon lequel son « équipe » alliait « l’expérience et la jeunesse ».

C’est au congrès libéral de la fin novembre que le chef a lâché une expression devenue chez lui presque fétiche.

Sans doute inspiré par la pensée de son philosophe présocratique préféré, Héraclite (« tout change, tout se transforme »), il affirma que le PLQ était en train de faire un « Québec nouveau » (ou « nouveau Québec » qu’il utilise aussi).

Inutile donc, pour les électeurs souhaitant du changement, d’installer au pouvoir un parti politique sans expérience.

L’ennui c’est qu’objectivement, le PLQ célébrait à ce même congrès ses 150 ans.

Que faire ? Réponse de Couillard : « Nous avons démontré que ce sont des gouvernements libéraux qui ont fait ces Québec nouveaux qui ont marqué chaque époque de notre histoire. »

Il fallait y penser : le changement émane de la continuité libérale.

La CAQ, insistait Couillard, c’était « un faux changement », « une récupération des idées d’hier ».

L’entrepreneur aux verres « progressistes » Alexandre Taillefer n’était pas encore dans le portrait, mais M. Couillard semblait déjà s’en inspirer : il pourfendait ses « adversaires », « descendants des bleus du statu quo de la réaction ». Ces forces, pestait-il, qui dans l’histoire « se sont opposées à toutes les politiques avant-gardistes de notre parti ».

La carte de la stabilité

Mais attention, la rhétorique de Philippe Couillard évoluera aujourd’hui au Conseil général du PLQ. La « stabilité » pourrait y faire un retour en force.

Car l’inquiétude économique renaît. Avec ses tarifs et son torpillage de l’ALENA, le président américain Donald Trump fait peur. Notre premier produit d’exportation, l’aluminium, est attaqué.

De plus, nul besoin d’avoir la tête à Leitao pour comprendre que l’actuel cycle de croissance économique s’achève et qu’un ralentissement — voire une récession — pointe à l’horizon.

Politiquement, ces soucis sont une occasion en or aux yeux des libéraux : reprendre le vieux truc rhétorique utilisé à fond la caisse en 2008 par Jean Charest.

À l’époque, les libéraux étaient minoritaires. Une décennie plus tard, au lendemain du 1er octobre 2018, les libéraux risquent justement de le redevenir ; ou alors de faire face à un gouvernement CAQuiste minoritaire.

Or, l’économie québécoise va bien. Mais des nuages planent. Une « tempête économique » pourrait se déclarer !

Que faire en pareilles circonstances, insisteront les libéraux ? Faire comprendre aux Québécois a) que le changement (d’équipe) devient même un « risque », que les « 15 ans au pouvoir deviennent un atout »; b) que cette même équipe doit continuer d’avoir ses « deux mains sur le gouvernail » (pas volant quand même... ce serait trop « charestien »).

Présenter en somme le PLQ comme une « valeur refuge », une garantie de stabilité. Sans oublier bien sûr de promettre qu’en même temps, il forgera un « nouveau Québec ». La quadrature du cercle, je vous dis.

 

Le carnet de la semaine

Amir « Nelligan »

Le député QSiste Amir Khadir est habité par la poésie québécoise. Digne successeur du « député poète » Gérald Godin dans Mercier, Khadir a intégré mercredi des vers à une question portant sur... l’accès à l’information ! « Ce salon de l’Assemblée nationale, c’est comme le grand vaisseau d’or de notre cher Nelligan [...], vaisseau taillé dans l’or massif, qui étale sa proue au soleil excessif de la démocratie. » Il poursuivit dans sa question complémentaire : « En matière de transparence, au cours des dernières années [...], l’Assemblée nationale a connu de durs hivers. Ah ! que la neige a neigé. En fait [...], la vitre de la transparence de l’Assemblée nationale est un jardin de givre ! » Dommage que la réponse de la ministre Kathleen Weil n’ait absolument rien eu de poétique. Seul le président Jacques Chagnon en profita pour rappeler quelques strophes célèbres. Après le 1er octobre, « Amir Nelligan », « Amir Miron », « Amir Godin » nous manquera assurément.

Quand Lisée largue Martine

Le jour de l’annonce, par le gouvernement fédéral de l’achat du pipeline Trans Moutain, le chef péquiste Jean-François Lisée a lancé au premier ministre : « Je sais que le premier ministre a probablement voté pour Justin Trudeau. Est-ce qu’il est fier de son vote aujourd’hui ? » Avec esprit, Philippe Couillard a répondu qu’il n’osait pas demander pour qui M. Lisée et ses ouailles avaient voté... « compte tenu des difficultés du Bloc québécois... » Puis il a ajouté : « Bien, c’est une hypothèse qui reste à débattre, M. le Président, mais je respecte trop le secret de l’isoloir pour faire plus d’hypothèses là-dessus. On n’en reparlera donc pas. » À la surprise générale, le chef du PQ a répondu : « J’ai voté avec grand plaisir pour le parti de Gilles Duceppe ! », ce qui a été interprété par d’aucuns comme un désaveu de la chef actuelle du BQ.

Le tweet de la semaine

Chaque semaine, plusieurs aphorismes sur Twitter me font éclater de rire. Mais celui qui, à mes yeux, a remporté la palme cette semaine a été publié par le syndicaliste et ancien militant étudiant (il a entre autres fait partie de l’équipe de négociation de la Classe, en 2012), Philippe Lapointe, @lapointephil. « Le meilleur moyen de nous assurer que Trudeau ne paie pas pour #TransMountain, c’est si on lui demande de faire le paiement par #Phenix. » Phénix est évidemment ce système de paie informatisé, prétendument « automatisé », du gouvernement fédéral, qui ne verse carrément pas les salaires à certains employés et fonctionnaires fédéraux depuis des mois.

 

La citation de la semaine

« Je n’ai pas pris par surprise plus le premier ministre que n’importe qui d’autre qui est assis là » – Robert Poëti, ministre délégué à l’Intégrité des marchés publics, au sujet de sa démission au caucus, mercredi.