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Gouvernements précaires

Gouvernements précaires
AFP

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Pendant que nous nous installions dans la campagne italienne, le Mouvement 5 étoiles et la Ligue du Nord ont proposé la composition d’un gouvernement qui a satisfaisait le président Sergio Mattarella. Presqu’au même moment, le premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, se voyait chassé du pouvoir par un vote de censure du parlement et remplacé de facto par le socialiste Pedro Sánchez. Bien qu’issus de parcours différents, les deux nouveaux gouvernements feront face à des défis majeurs qui permettent de douter de leur longévité, considérant la fragilité des alliances qui ont été nécessaires pour les composer.

Le nouveau premier ministre italien, Giuseppe Conte, dirigera un gouvernement populiste allié à l’extrême droite qui doit mettre un terme à l’austérité de façon sécuritaire, au sens financier du terme. En d’autres mots, il a le mandat de hausser les dépenses gouvernementales pour revigorer l’économie et les services publics, tel que souhaité par le Mouvement 5 étoiles, tout en diminuant les impôts pour répondre aux désirs de la Ligue. Un tel mandat n’est réalisable qu’en accroissant la dette du pays qui est déjà fort élevée, celle-ci équivalant à environ 125% du PIB. Nous pouvons prévoir très à coût terme de nouvelles inquiètudes des marchés et de nouvelles pressions sur l’Italie pour contrôler sa dette sous peine de voir sa cote de crédit s’abaisser. Or, il n’est pas certain que la coalition gouvernementale survivrait à cette éventualité!

Du côté espagnol, la gouvernance ne s’annonce pas plus facile dans un pays où les taux de chômage sont endémiques et dépassent les 50% chez les jeunes dans certaines régions. Le nouveau premier ministre promet d’en faire son cheval de bataille, toutefois, le passage de la parole aux actes sera plus laborieux et ne permettra pas d’en ressentir les effets avant un certain temps. Entretemps, il devra composer avec une coalition gouvernementale encore plus hétéroclite que celle des Italiens, dans un parlement qui a connu quelques blocages politiques avec la multiplication des tendances et des intérêts qu’on y retrouve. Quasi dans l’impossibilité de s’attaquer à des problèmes épineux et délicats, la durée de vie du gouvernement Sánchez risque d’être courte.

Pour les critiques d’une réforme du mode de scrutin au Québec, de telles situations ont tôt fait d’alimenter leurs réticences et d’accentuer leur résistance. L’instabilité rattachée à des gouvernements formés par l’alliance de deux ou plusieurs partis renchérit leur inclinaison pour le système québécois actuel avec vote uninominal à un tour malgré que nous soyons en permanence gouvernés par un parti qui recueille moins de 50% de la faveur populaire. Si les exemples espagnol et italien invitent à une certaine prudence, il ne devrait cependant décourager l’initiative de ceux qui veulent améliorer le mode de scrutin québécois pour qu’il permette l’émergence d’un gouvernement plus représentatif de la volonté des électeurs. La proportionnelle mixte est une façon de tendre vers une certaine stabilité tout en étant plus proche de la volonté populaire.

Une éventuelle réforme du mode de scrutin ne constitue toutefois pas une réponse contre la montée du populisme et de l’extrémisme, toutes tendances confondues. Les récents scrutins à travers le monde nous font surtout réaliser le désespoir des populations et leur inclinaison à voter pour quelques mégalomanes prometteurs de miracles. Le populisme de Trump charme une partie de l’électorat américain, mais il n’est pas sans mettre le monde à l’envers.

La solution est dans la sortie du néolibéralisme, mais il semble que ce ne soit pas demain la veille.