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Le Petit Prince Kamikaze

Le Petit Prince Kamikaze
Illustration Fotolia

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C’est fébrile dans la classe. Mes oisillons sont réactifs en ce moment. Fragiles.

Nous marchons tous sur des œufs.

La fatigue de la fin de l’année. Le beau temps. La chaleur dans notre classe.

Le stress des examens du Ministère. La fin du primaire.

Autant de raisons qui font en sorte qu’ils ne se contiennent plus beaucoup.

Certains encore moins que d’autres.

Comme Noah. Qui est à fleur de peau. ET à prendre avec des pincettes.

Les deux en même temps !

Un peu comme le Kilauea à Hawaï.

Qui me recrache en plein visage tous les acquis des deux dernières années.

Parce qu’il est dans ma classe depuis deux ans, Noah. Il a doublé sa 6e.

« S’il te plaît, apprivoise-moi... »

Deux ans passés ensemble, 25 heures par semaine.

Nos débuts n’ont pas été faciles à Noah et moi.

L’apprivoiser fut un travail ardu.

Noah a un tempérament anxieux.

Et il entre difficilement en relation avec les autres.

Et quand il le fait, c’est rarement de la bonne manière. Une claque. Une mauvaise blague. Un gros mot.

Il ne me regardait jamais dans les yeux. Et ne s’adressait à moi qu’avec son ton baveux.

Continuellement sur la défensive.

J’ai dû lui expliquer mes limites 10, 15, 20 fois. Et il les a testées encore plus souvent.

Puis un jour, je ne sais pas quand. Ni comment. Mais il a baissé sa garde.

Ce matin-là, il est arrivé à mon bureau avec son livre des Records Guinness.

Et s’est mis à me montrer les exploits qui l’impressionnaient le plus.

Il ne décollait plus.

La voie était enfin libre. Et des codes se sont comme établis entre nous. Des rituels.

Comme le fait d’accepter qu’il aille toujours à la toilette 5 minutes avant la cloche du midi. Et celle de fin de journée.

Qu’il me remettrait toujours ses travaux sur une feuille lignée, à l’envers. Avec les trous à droite.

Et que ses lacets, il ne les attacherait jamais.

J’ai dû choisir des combats. Nous en avons perdu plusieurs. Pour finalement gagner la guerre. Ensemble.

Les pas qu’il a faits en deux ans...

Tu seras pour moi unique au monde...

Six mois ont été nécessaires pour que nous nous fassions confiance.

Noah en a passé du temps à me scruter. Vérifier jusqu’où il pouvait aller avec moi.

Et à un mois de la fin, alors que nous sommes plus complices que jamais. Que ses relations avec les autres sont plus harmonieuses... il bousille tout.

Et m’en fait baver. Comme à nos débuts. Reprend tous ses vieux plis.

Il a décidé de s’éjecter lui-même de notre relation.

Comme un kamikaze. Boum !

Plus simple pour lui de vivre notre séparation comme ça.

Difficile pour Noah de s’attacher à quelqu’un. Et ça l’est encore plus de s’en détacher.

Incapable de voir arriver la fin, il devient insupportable. Pour que j’arrête de l’aimer. Et que je coupe notre lien.

Je le regarde aller et je souris par en dedans. S’il savait.

« ... c’est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante ». — Antoine de Saint-Exupéry