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Un Québécois au Klondike

Rock Boivin
Photo courtoisie

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Né à Arvida, Rock Boivin a décidé d’aban­donner sa famille et son patelin pour prendre la route du Yukon en 1978. Au fil des ans, il n’a jamais renoncé à son rêve de vivre dans les grands espaces, et sa femme Kathryn l’a accompagné. Ils racontent les moments forts de leur vie dans un récit palpitant, Rêves de trappeur.

Le cinéaste français Nicolas Vanier a d’ailleurs croisé­­­ la route de Rock et Kathryn Boivin il y a quelques années, alors qu’il tournait Le dernier trappeur. Il a été fasciné par le mode de vie de ce couple qui a choisi de vivre comme les anciens chasseurs du Yukon.

Sa femme Kathryn, rencontrée au Yukon, a tenu pendant 20 ans un journal de bord, notant tout ce qui se passait au cœur de ces journées au milieu des bois.

Avec leurs enfants Kyla et Ely (photo), le couple Boivin a affronté la dure réalité du nord, des tempêtes et des températures extrêmement basses. Ils ont construit des cabanes en bois rond, posé des lignes de trappe, affronté des ours et des loups.

Rock Boivin, rejoint peu de temps avant qu’il quitte la zone de couverture cellulaire pour s’enfoncer dans les montagnes du Yukon, est vraiment heureux de partager son expérience avec les lecteurs. « J’espère que vous ne me trouvez pas trop fou ! », dit-il à la blague.

Dans les montagnes

Encore aujourd’hui, il est toujours aussi amoureux de sa terre d’adoption. « On passe beaucoup de temps dans les montagnes. On est en train de construire une belle maison en bois rond sur la rive de la rivière Klondike. Après, on repart dans les montagnes jusqu’au mois de septembre. On continue. On n’arrête pas pantoute, vieux comme on est ! »

« J’adore l’aventure, j’adore le Yukon, ajoute-t-il. C’est une vie qui est assez spéciale, mais c’était ce que je voulais faire. Mon principe de base, c’était de partir, au bout de la route. En 1978, il faut que vous pensiez à ça, il n’y avait plus grand-chose à découvrir : les montagnes avaient toutes été montées, les rivières avaient toutes été naviguées, les lacs avaient tous été trouvés. Mais quand je suis arrivé ici, c’était vraiment comme dans les films de John Wayne. »

Quand il est arrivé à Dawson, à l’âge de 18 ans, il s’est dit qu’il avait trouvé sa place idéale.

« Ça ne m’intéressait pas d’être un homme d’affaires. C’est un choix qu’on fait. Je ne dis pas que ma vie est meilleure que les autres – pas du tout. (...) On fournit les fourrures, l’or, les cabanes ici et là... mais on n’est pas aussi productifs que vous autres ! »

Rock Boivin décrit un village typique du Yukon. « Les routes sont en gravier, les trottoirs sont en bois, tout penchés. Il y a des vieux bâtiments western... et on entend le piano can can quand on passe devant les bars. Il y a des chevaux attachés ici et là... des navires parqués devant la ville et des gars qui sortent des bois avec des chiens. C’est spécial et ça n’a pas tellement changé ! »

La parenté

Jamais il n’a regretté d’avoir quitté Arvida, même si sa famille lui manque et qu’il donne souvent de ses nouvelles à sa mère.

« Ça ne m’a jamais tenté d’y retourner pour rester. C’est un choix que j’ai fait. Le seul regret que j’ai, c’est que je n’ai pas eu la chance de vivre avec mes frères, mes sœurs, ma mère, mon père, la famille idéale, avec beaucoup de culture, beaucoup d’amour, 150 cousins. Mais mes neveux sont toujours rendus ici ! »


► Rock Boivin est né à Arvida, au Québec.

► Il vit avec sa conjointe, Kathryn, au Yukon. Ils sont parents de deux grands enfants, Kyla et Ely.

► Le cinéaste Nicolas Vanier a fait leur connaissance lors du tournage de son long métrage, Le dernier trappeur. Il signe la préface du livre.

► Rock Boivin a doublé l’acteur Norman Winther dans certaines scènes.

EXTRAIT

<b><i>Rêves de trappeur</i></b><br>
Rock et Kathryn Boivin, XO Éditions, 300 pages
Photo courtoisie, XO Éditions
Rêves de trappeur
Rock et Kathryn Boivin, XO Éditions, 300 pages

« Je n’ai pas entendu le hurlement des loups aujourd’hui. Ça m’inquiète un peu. Auraient-ils décidé de se planquer derrière les bois proches de la cabane pour m’observer ? Sinon, en général tout est calme ici, comme dans une cathédrale. Et c’est frappant, ce silence, justement. Sauf que parfois, il est déchiré par le croassement des corbeaux qui volent d’arbre en arbre à la recherche de nourriture. »

– Rock et Kathryn Boivin, Rêves de trappeur