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Un zombie au Gala du cinéma

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On savait que le Canada déroulait le tapis rouge à Netflix. Mais on n’avait pas à aller jusqu’à permettre à Netflix... de commanditer le tapis rouge du Gala du cinéma québécois.

Hier, devant ma télé, quand j’ai vu que c’était Netflix (bénéficiaire d’une entente controversée avec Ottawa) qui commanditait le tapis rouge du Gala du cinéma québécois, j’ai éclaté de rire devant l’ironie de la situation !

Alors que 2018 a été marquée par un film de zombie (Les affamés) permettez-moi de faire cette comparaison boiteuse : c’est comme si on avait permis à une corporation affamée de sang frais de commanditer le tapis rouge d’une banque de sang.

LE GÉANT CHOUCHOU D’OTTAWA

Alors que tout le monde dénonce le congé de taxes offert au géant américain par Ottawa, alors qu’on s’inquiète que le Québec n’ait pas une juste part des investissements, on permet à Netflix de s’inviter au party comme si de rien n’était ?

Que Netflix s’achète une crédibilité au Gala qui rend hommage au cinéma québécois avant même d’avoir investi une cenne dans la production d’un film d’ici, ça s’appelle « mettre la charrue avant les bœufs ».

Ai-je besoin de rappeler que lorsque le professeur de journalisme Jean-Hugues Roy a demandé à avoir accès aux échanges de courriels entre Patrimoine canadien et Netflix, 90 % du contenu était caviardé ? Et pour remercier Netflix de ce manque de transparence, on lui déroule le tapis rouge... au tapis rouge ?

Au siège social de Netflix, les big boss doivent vraiment trouver que les Québécois sont bien « friendly ».

UNE ANNÉE HONNÊTE

2018 a été une année honnête, mais pas exceptionnelle en termes de grands films qui passeront à l’histoire.

On va se le dire : le fait que la crème de la crème des réalisateurs québécois travaille à l’étranger, cela a des conséquences sur la cinématographie d’ici. Quand Jean-Marc Vallée, Xavier Dolan, Denis Villeneuve, Pierre Falardeau sont absents du milieu, ça se ressent. C’est comme une équipe de hockey dont le trio de tête, parmi les meilleurs joueurs, a été échangé à l’étranger.

Mais au moins, cet exode des talents a une conséquence positive : ça nous permet de donner plus de place à une réalisatrice extraordinaire comme Sophie Dupuis. Ou à un film de genre comme Les affamés, une proposition drôle et originale de Robin Aubert. Ou au très tendre film de Luc Picard, Les rois mongols.

Si vous n’avez pas vu ces films, vous avez manqué quelque chose. Vous pouvez vous rattraper car les films nommés sont disponibles en ligne jusqu’au 10 juin. Mais on va se le dire pour 2019 : les films québécois, ce serait bien d’aller les voir quand ils sortent en salle, sur grand écran, dans une salle sombre.

UN GALA PROPRE, PROPRE, PROPRE

En cette période hyper moralisatrice, on se doutait bien que les gagnants allaient nous sortir les violons de la bien-pensance. Le trophée du discours le plus culpabilisateur est remis à Emmanuel Schwartz (qui jouait dans Hochelaga, Terre des âmes) qui a dit à propos des Montréalais qu’ils étaient « des invités qui se pensent chez eux ». On s’étonne qu’il n’ait pas spécifié que le studio 42 de la Maison de Radio-Canada était « un territoire autochtone non cédé ».