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La libération des proies

Quatre des victimes de Bertrand Charest
Pierre-Paul Poulin / Le Journal de Montréal Ce lundi, quatre des victimes de l'ex-entraîneur de ski Bertrand Charest, ont pris la parole. Merci de l'avoir fait.

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Lundi, 5 mai, elles ont pris la parole. Quatre anciennes skieuses, toutes victimes dans leur tendre jeunesse de Bertrand Charest, ont raconté leurs souffrances.

Elles ont raconté leurs souffrances aux mains de cet ex-entraîneur de ski et prédateur sexuel en série condamné en 2017 à 12 ans de prison pour crimes sexuels.

L'une d'entre elles, Geneviève Simard, a résumé le tout avec éloquence, émotion et vérité : «mon enfance a été volée».

Des années à ne plus savoir qui elles étaient. Des années ensuite de psychothérapie. Des années à se reconstruire de l’intérieur. Des années à retrouver enfin leur âme et leur droit au bonheur.

Ces ex-proies de Charest ont aussi exigé des fédérations sportives la création d’un environnement sécuritaire pour les jeunes athlètes. Y compris une formation obligatoire pour les entraîneurs,  les athlètes et tout le personnel; des politiques claires pour combattre le harcèlement; lier le financement des fédérations à la mise sur pied d’un programme uniforme de protection des athlètes, etc.

Car qui dit prédateur, dit proies. En prenant la parole, ces femmes déterminées ajoutent la leur aux millions d’autres victimes qui se sont libérées par le biais des mouvements #moiaussi et #agressionnondénoncée.

Elles s’ajoutent également à celles des Courageuses, les victimes alléguées de Gilbert Rozon, l’empereur déchu du rire industriel. Sans compter les victimes des Weinstein, Cosby, etc.

Pour ceux qui ne l’aurait pas encore compris, ces ex-skieuses confirment pour une énième fois que le harcèlement et les agressions sexuelles - toujours et avant tout un trip de pouvoir de la part du prédateur -, sévissent dans tous les milieux.

Ils sévissent dans toutes les cultures et toutes les classes sociales, nanties ou pas. De la famille aux parlements en passant par les écoles, les universités, le show business et n’importe quel autre milieu de travail ou de vie.

On parle de culture du viol. On devrait peut-être songer à parler plutôt en termes de culture de prédation sexuelle. Une culture dont les proies, leurs rêves et leur estime d’elles-mêmes, sont broyés jusqu'à ce qu'elles les reconstruisent.

C’est pourquoi, en amont, l’éducation est si vitale.

Or, au Québec, nul besoin d’épiloguer sur les carences évidentes du prochain retour d’une éducation à la sexualité présentée en petites pièces détachées, ici et là, à travers les années scolaires.

En cette ère de pornographie dangereusement accessible par le web – une porno de surcroît de plus en plus violente et déshumanisante -, nous avons pourtant urgemment besoin d’une véritable éducation à la sexualité, au respect et aux rapports amoureux plus égalitaires.

Il faut se le dire crûment : la porno est un vecteur toxique et planétaire de prédation sexuelle et d’exploitation des femmes et des enfants.

Il urge de lui opposer un contre-pouvoir solide et articulé dès l’école primaire.

Y a-t-il un premier ministre dans la salle? Une question rhétorique, il va malheureusement sans dire...