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Le travailleur gagne moins qu’il y a 40 ans

Le travailleur gagne moins qu’il y a 40 ans
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Nouvelle étude de Statistique Canada

Dans un excellent texte d’Éric Desrosiers, paru dans Le Devoir du 18 mai 2018 et dans lequel l’auteur a épluché les dernières données de Statistique Canada (un organisme neutre et professionnel que Stephen Harper a charcuté à petit feu parce qu’il donnait trop l’heure juste à la population, et qu’heureusement Justin Trudeau a réhabilité), on apprend que depuis 40 ans (1976 à 2015), le revenu des travailleurs masculins a reculé de 5%, mesuré en dollars constants, c’est-à-dire qui tient compte de l’inflation. Voulez-vous me dire pourquoi ce type de nouvelle passe inaperçu dans les médias? Pourtant, c’est très grave! Pendant que la croissance économique demeurait forte, le salaire réel des travailleurs ordinaires a de fait diminué au cours des quarante dernières années, nous dit Statistique Canada. Cela explique la montée fulgurante des inégalités économiques que nos gouvernements amplifient par leurs politiques au lieu d’essayer de les atténuer. Oui, j’ai bien dit que les gouvernements accroissent ces écarts de richesse en nous faisant croire qu’ils luttent pour les diminuer et qu’ils sont avant tout au service de la classe moyenne. Ce n’est pas moi qui le dis, mais, entre autres, l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) et même la grosse Banque TD, mais qui, par ses pratiques, les accentue: «Rapport de l’OCDE. Canada, au pays du grand écart. Les inégalités se creusent, les plus riches accaparant une part disproportionnée de la richesse créée» et aussi «Mise en garde. Le Canada doit agir contre la montée des inégalités, dit la TD. La fiscalité canadienne a à être plus progressive» (Le Devoir, 1er mai et 25 novembre 2014). Les beaux parleurs de la banque Toronto-Dominion, s’ils arrêtaient de détourner ses revenus dans ces paradis fiscaux où ils ont de nombreux affiliés et d’aider ses gros clients à faire de même, ça aiderait certainement la fiscalité canadienne et québécoise à être plus progressive, non?

Rien de nouveau à l’appauvrissement du monde ordinaire

En fait, la dernière étude de Statistique Canada ne fait que reprendre ce que l’organisme répète chaque année depuis longtemps comme en 2008: «La classe moyenne ne s’enrichit pas. Depuis 25 ans, son revenu “médian” n’a augmenté que d’un pauvre 53 ¢» (Le Journal de Montréal, 2 mai 2008). Et aussi celle-là qui remonte à 2010: «Aucun gain salarial pour les travailleurs en 30 ans! Ça fait trente ans qu’on crée de la richesse et qu’elle est mal partagée» (Le Devoir, 1er mai 2010). Ah ben, en fouillant dans mes vieux papiers, que vois-je? J’ai retrouvé un texte paru en 2013 dans le magazine des comptables agréés et rédigé par le chroniqueur d’alors, le regretté économiste Marcel Côté, qui était loin d’être à gauche: «Depuis 25 ans, les revenus de la classe moyenne font du surplace dans les pays industrialisés» (CA magazine, décembre 2013).

Les charlatans universitaires de service en action

Mes amis, vous le savez bien que les puissants peuvent compter sur plusieurs universitaires qu’ils paient en frais de consultation, et pour qui ils financent de belles grosses chaires universitaires. Eh bien, ces universitaires affranchis de service, sous le couvert d’un certain vernis scientifique tout en manipulant grossièrement les faits et en tordant la réalité, vont produire des études et des rapports bidon qui vont dire le contraire de la réalité en jouant et en sélectionnant avec précaution les statistiques, les dates, les lieux, les données, etc., qui font bien leur affaire et celles de leurs commanditaires. Et de nombreux médias vont publier leurs études. Même qu’ils seront encensés par le patronat, par certains politiciens et par quelques journalistes, comme Francis Vailles, vaillant défenseur des gras dur: «Les Québécois s’appauvrissent? Faux» (La Presse, 25 juin 2015).

Francis Vailles est catégorique: Les Québécois ne s’appauvrissent pas. S’ils ne s’appauvrissent pas, c’est donc dire qu’ils s’enrichissent? Pour affirmer que les travailleurs québécois ne s’appauvrissent pas, le chroniqueur de La Presse ne se base pas sur des études sérieuses produites par Statistique Canada, l’Institut de la statistique du Québec, l’OCDE, l’ONU, etc. Pas du tout. Le preux journaliste de La Presse fonde son jugement sur des études d’universitaires commanditées par la droite comme Pierre Fortin qui a dit, sans rire, tout en riant effectivement du monde: «Au Québec, l’enrichissement profite à tous» (La Presse, 24 novembre 2012).

On peut tripoter et trafiquer les faits. Prenons l’exemple de l’autre universitaire «émérite» de l’Université de Sherbrooke, le fiscaliste et économiste Luc Godbout, qui, pour affirmer «Les chiffres décodés autrement. Et si les Québécois étaient plus riches qu’on le prétend? Le niveau de vie au Québec s’est accru considérablement (rien de trop fort) si on tient compte de l’évolution des “ménages” remarque Luc Godbout» (Le Devoir, 25 juin 2015), a pris le revenu familial, qui comprend les salaires des deux conjoints (comme il ne pouvait pas utiliser le revenu du travailleur individuel). Alors ma question est la suivante: pourquoi donc préférer prendre l’évolution du revenu des «ménages» des 25 dernières années plutôt que celui des travailleuses et des travailleurs individuels? Qu’est-ce qui a changé depuis au moins 50 ans au niveau du travail? J’y reviens dans mon prochain texte.