/misc
Navigation

Les intouchables bouteilles de vin

Jacques Chagnon
Photo d'archives Le président de l’Assemblée nationale Jacques Chagnon et les trois partis reconnus ne semblent pas pressés d’assurer la divulgation détaillée des dépenses de missions.

Coup d'oeil sur cet article

Il y avait lieu de se réjouir lorsque les élus de l’Assemblée nationale ont voté unanimement pour rendre public le détail de leurs dépenses en mission parlementaire. Mais depuis, ceux qui ont le pouvoir de vraiment changer les choses ont préféré se défiler...

On aurait cru que, sous l’impulsion de l’étoffé dossier sur le manque de transparence publié par Le Journal et de la motion adoptée à l’initiative d’Amir Khadir, les trois principaux partis y donneraient suite avec célérité.

L’étude des crédits de l’Assemblée nationale a constitué une première déception.

Le président Jacques Chagnon a d’abord dit qu’il n’avait pas de problème à concrétiser la volonté de transparence exprimée par les élus, en se décrivant comme le «serviteur de l’Assemblée».

Mais il a ensuite minimisé en soutenant qu’il «n’y avait pas de grands secrets dans ces affaires-là». Notre Bureau d’enquête a pourtant recueilli des témoignages selon lesquels il «paye la traite» aux députés l’accompagnant en mission (ce qu’il a reconnu par la suite) et que le vin de luxe coule à flots.

Le péquiste Sylvain Gaudreault a évoqué quatre éléments de transparence sur lesquels il disait souhaiter une réflexion, mais il a ensuite largement défendu les nombreuses missions interparlementaires en louangeant au passage le président.

On aurait cru entendre Les copains d’abord en sourdine.

Le caquiste Donald Martel a remis en question la pertinence de certains voyages, mais aurait pu plaider davantage pour l’urgence de la reddition de comptes.

Ils ont convenu de revenir sur la question lors de la dernière rencontre du Bureau de l’Assemblée nationale, le BAN pour les intimes, avant la fin de la législature.

PELLETÉ PAR EN AVANT

Or, jeudi dernier, lors de cette ultime réunion, ils ont seulement mandaté le secrétaire général Michel Bonsaint afin qu’il formule des recommandations sur la façon de faire. Ainsi, les trois partis et le bienheureux président ont pelleté par en avant... rien ne commencera à être rendu public avant l’automne prochain, s’ils ne décident pas alors de noyer le poisson.

Pourtant, voici la solution simple et concrète en trois étapes faciles :

  1. Demander aux députés de remplir une allocation de dépenses à leur retour de voyage et de brocher leurs factures ;
  2. Numériser les documents en caviardant les numéros de carte de crédit de l’élu ;
  3. Publier ce rapport avec les rencontres effectuées lors du voyage sur le site de l’Assemblée, sous l’onglet «missions interparlementaires et dépenses».

Il suffit de vouloir, et le tour est joué.

LE VRAI VISAGE

Mais justement, il semble que les élus préfèrent que des excès commis autant ici qu’à l’étranger demeurent secrets. Le président a affiché ce qu’il en pensait vraiment lorsque, talonné par un journaliste à la sortie de la rencontre du BAN, il a répliqué que le prix des bouteilles de vin ne serait pas affiché, pas plus que le «coût de teinturier de vos petites culottes».

Dommage d’assister à ce triste spectacle. Jacques Chagnon a l’autorité nécessaire pour maintenir l’ordre au Salon bleu et a défendu avec éloquence le privilège parlementaire après que Guy Ouellette soit tombé dans un traquenard de l’UPAC sans accusation subséquente.

Mais il va laisser le souvenir d’un roi de pacotille envoyant paître le bon peuple qui paie pour ses bonnes bouteilles...