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Le G7 au-delà du dialogue de sourds

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Demain, à moins que Donald Trump ne décide de bouder le sommet de Charlevoix, tous les yeux seront tournés vers un président américain déterminé à faire cavalier seul. Le défi de ses interlocuteurs sera de se faire entendre par le peuple américain malgré la sourde oreille de leur président.

Comment faire comprendre aux Américains que le monde souhaite le maintien du leadership des États-Unis alors que leur président refuse d’endosser le rôle que son pays joue, dans son intérêt propre comme dans l’intérêt global, depuis la Seconde Guerre mondiale ?

Justin Trudeau tentera d’orienter les discussions vers les thèmes du sommet, mais l’attention gravitera inévitablement vers Trump, sa guerre commerciale, sa politique étrangère improvisée et ses politiques migratoires controversées.

Envers et contre tous

Le commerce prendra beaucoup de place et, contrairement à ses prédécesseurs, Trump aborde cet enjeu envers et contre tous.

S’ils souhaitent ressusciter le multilatéralisme, les autres leaders devront s’adresser aux puissants intérêts américains qui continuent de l’appuyer. Comme ces intérêts sont proches du Parti républicain, ils devraient en principe pouvoir faire entendre raison au président, si possible, ou outrepasser son autorité, si nécessaire.

Climat tendu

Dans le cas de la lutte aux changements climatiques, le consensus devrait normalement être assez facile à faire contre Donald Trump, mais Justin Trudeau aura le fardeau de défendre son appui au développement des sables bitumineux albertains.

Comme Donald Trump est maître dans l’art d’exploiter les divisions de ses adversaires, il ne manquera certes pas de provoquer ceux-ci en soulignant à grands traits les contradictions de la politique énergétique de son hôte.

Une tâche délicate

Sur les migrations, l’administration Trump sera sur la sellette à cause de sa politique qui consiste à séparer les enfants de leurs parents lors du passage à la frontière des migrants irréguliers.

Après la condamnation de cette pratique par l’ONU, les leaders du G7 pourront éveiller l’attention de la majorité d’Américains qui rejettent de tels abus, même si Trump en profite pour entretenir sa base partisane.

Parlant de droits de la personne, il faudrait aussi rappeler aux Américains que les négociations menées en leur nom avec la Corée du Nord devraient aborder la violation des droits fondamentaux par le régime de Kim Jong-un, un thème que Donald Trump a escamoté dans son empressement à s’entendre avec le petit dictateur.

À moins que le sommet de Singapour ne soit annulé à la dernière minute, il est probable qu’un président Trump isolé, inexpérimenté et impatient de passer à l’Histoire puisse accepter un « deal » avec la Corée du Nord bien pire que l’entente que son prédécesseur et ses alliés avaient conclue avec l’Iran.

Dans l’environnement paisible de Charlevoix, les Trudeau, Merkel, Macron et compagnie auront donc la délicate tâche de faire comprendre aux Américains qu’ils n’ont pas intérêt à ce que leur président se comporte comme un cowboy en matière de commerce, d’environnement ou de contrôle des armes nucléaires.

Bonne chance.