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Anthony Bourdain, le rock’n roll

Anthony Bourdain, le rock’n roll
Photo AFP

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« I love Montreal. It is my favorite place in Canada. The people who live there are tough, crazy bastards. »

C’est ce qu’Anthony Bourdain disait à propos de Montréal. Mais ce commentaire sur les habitants « tough crazy bastards » pourrait aussi s’appliquer à lui. Bourdain était un iconoclaste, dur à cuire, un peu cinglé. Et terriblement attachant

 

Bourdain est présenté partout comme un chef et animateur. Mais c’est aussi et surtout, un grand auteur. Son livre Kitchen Confidential, sur les dessous des restaurants, est une promenade en montagnes russes dans l’univers de sexe, de drogues et de bouffe rock’n roll écrit à la mitraillette. C’est un des livres les plus drôles et les plus irrévérencieux que j’ai lus, comme si Céline avait été chef héroïnomane à New York.

Ce côté un peu trash, briseur de convention qu’on avait adoré dans Kitchen Confidential, on le retrouvait dans toutes les émissions de Bourdain.

 

Ce carnivore invétéré n’hésitait jamais à se moquer des végétariens, à sacrer comme un charretier, à faire du bruit en mangeant et à prendre des cuites mémorables. Il était comme le Mick Jagger de la fourchette, toujours prêt à essayer un plat si ça pouvait lui procurer des sensations fortes.

 

Bourdain me faisait craquer parce qu’il se moquait de tout.

 

Une de ses émissions à la télé portait un titre qui est un excellent jeu de mots en anglais : No reservations. Cela signifie à la fois ne pas faire de réservations dans un resto et arriver à l’improviste et « sans réserve » c’est-à-dire se donner entièrement sans jamais appuyer sur les freins.

On pourra dire que Bourdain a vécu sa vie sans jamais mettre les freins. Pour le meilleur et pour le pire.

Je vais m’ennuyer de sa voix grave, marquée par l’alcool, les cigarettes et les nuits sans sommeil.

Le slogan d’une de ses émissions était : « I write. I travel. I eat. And I’m hungry for more. » Comment un homme qui avait un tel appétit de vivre a-t-il pu quitter la table avant que son dernier repas soit servi ?