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La Presse, immuable libérale?

André Desmarais
Photo Pierre-Paul Poulin André Desmarais

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La plupart des citoyens informés pourraient dès aujourd’hui écrire une bonne esquisse de la position éditoriale de La Presse lors de l’élection du 1er octobre. La Presse suggérera aux électeurs d’appuyer le Parti libéral. Comme à la dernière élection, et l’autre, et l’autre...

Propriété de Power Corporation et de la famille Desmarais, La Presse défendait cette position éditoriale avec une légitimité réelle. Il est admis et accepté qu’un propriétaire de journaux puisse tracer une ligne éditoriale.

Dans le cas des Desmarais, une grande famille d’affaires, la propriété d’un journal devait signifier que celui-ci défendrait bec et ongles l’appartenance du Québec à la fédération canadienne. De père en fils, les Desmarais sont profondément attachés au Canada et croient sincèrement au fédéralisme.

Cette semaine, en commission parlementaire, André Desmarais n’a pas joué sur les mots en expliquant cette ligne éditoriale de son quotidien. La Presse est fédéraliste. Mais j’insiste pour dire que La Presse n’est pas seulement fédéraliste, elle est libérale. À peu d’exceptions et de nuances près, lorsqu’on y recommande un vote aux lecteurs, c’est un vote libéral.

Contorsions

Lors de certaines élections où le Parti libéral avait perdu beaucoup de son lustre, les éditorialistes de La Presse ont dû se transformer en contorsionnistes. Ils se sont permis des textes complexes qui faisaient bien quelques reproches au Parti libéral pour montrer un peu de lucidité.

Mais à la fin du texte, en tenant compte de tous les défauts des partis adverses, et du contexte, et de la météo, et des risques de mauvaises récoltes annoncés dans l’almanach des agriculteurs, il valait mieux quand même faire confiance... au Parti libéral. Encore et toujours.

Chef de parti à une époque, j’ai moi-même vécu la frustration de ce jugement écrit d’avance, parfois aux frontières du cynisme. Mais j’ai toujours respecté à 100 % ce droit des propriétaires d’imprimer une ligne éditoriale à leur quotidien. Ce qui n’empêchait en rien que les journalistes de la salle de rédaction puissent faire leur travail de façon professionnelle.

OBNL libre

Cependant, La Presse s’apprête à devenir un OBNL. Lors de l’étude de cette transformation par l’Assemblée nationale, il a été mis au clair que cet OBNL sera indépendant de Power Corporation. On insiste aussi pour dire à quel point ce changement de statut s’avère vital pour l’avenir de l’organisation.

Ce qui n’est vraiment pas clair dans mon esprit, c’est à quel point on semble convaincu chez les dirigeants de La Presse que la ligne éditoriale demeurera immuable. En vertu de quoi ? Comment un OBNL indépendant, avec des administrateurs divers, et qui recevra probablement des aides financières des gouvernements, peut-il avoir une ligne éditoriale coulée dans le béton pour l’avenir ?

Je ne comprends sincèrement pas d’où cette position immuable prendrait sa source. Comment devrions-nous en créant cet OBNL savoir déjà que La Presse appuiera le Parti libéral à l’élection de 2038, quels que soient son programme et celui de ses adversaires ?

C’est l’élément qui ne tient pas la route dans le plan de transformation pourtant justifiable de La Presse.