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Libre-échange et environnement: l’impossible réconciliation?

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Un des dossiers prévus à l’ordre du jour du G7, qui a lieu en ce moment même à Québec et à La Malbaie, est celui de la conciliation entre commerce et environnement. Depuis quelques décennies, on commence à prendre connaissance de la crise écologique. C’est pourquoi plusieurs recettes ont été mises en place pour laisser entendre qu’on pourrait laisser les bases du système économique intactes, tant qu’on y ajoutait une bonne dose de responsabilité environnementale. «Développement durable», «autre croissance» et «croissance verte» en ont été les termes fétiches, renvoyant tous à l’idée qu’on peut continuer à produire, et à viser de produire toujours plus, tant qu’on le fait de manière «écoresponsable».

Est-ce la voie du succès? Oui et non.

Il faut tout d’abord mentionner que la transition énergétique est effectivement une urgence. Les efforts en la matière ne sont pas qu’à saluer, ils sont à encourager. Il faut, de manière plus large, tous s’investir dans une conversion écologique de nos modes de vie, incluant nos manières de produire et de consommer. L’éolien, le solaire, l’électrique? Oui, absolument! Des normes plus contraignantes, des investissements écologiques accrus? Oui, également!

On ne peut, cependant, s’en contenter.

Tout d’abord, le développement durable peut être porteur d’un effet délétère important, celui de nous faire nous asseoir sur nos lauriers, de nous faire croire que, parce que nous utilisons des ressources renouvelables (mais pas inoffensives pour autant), nous pouvons continuer à les utiliser sans compter. L’OCDE évalue ainsi qu’entre 2002 et 2020, l’extraction des minerais métalliques aura augmenté de 92 pour cent, celle des combustibles fossiles de 39 pour cent, et de la biomasse de 31 pour cent.

Vous connaissez l’indicateur nommé «empreinte écologique»? Par son mode de calcul, il vise à évaluer l’impact de l’activité humaine sur les ressources renouvelables. Quand l’empreinte excède le 100 pour cent, cela signifie que la consommation est plus élevée que la capacité de régénération des ressources en question. L’empreinte écologique mondiale se situerait actuellement à 150 pour cent. Et l’empreinte écologique tient uniquement compte des ressources renouvelables, pas de celles qui ne le sont pas...

Il faut réduire quantitativement la production dans une planète à bout de souffle. En plus de la crise écologique, le coût de l’énergie exige, de toute façon, de modérer l’ambition à une croissance économique illimitée. D’ailleurs, l’indicateur par excellence de la croissance, le PIB, ne prend en compte que ce qui est marchand. Une catastrophe environnementale, parce qu’elle entraînerait des activités de dépollution, est bonne pour le PIB. Le regretté Robert Kennedy, assassiné il y a 50 ans cette semaine, avait bien raison de dire qu’il mesurait tout, sauf ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue.

Or, un quelconque appel à la modération est assez difficile dans le contexte du libre-échange actuel. En éliminant les barrières et protections, le règne du nouveau libre-échange met en place une concurrence féroce où seuls les plus forts peuvent s’en sortir. C’est le règne du «produis ou meurs», où la pression de la recherche du profit est devenue une question de survie.

Une défense accrue de l’environnement ne passe donc pas par un renforcement du libre-échange, mais par l’imposition de limites. J’en proposerai trois. Tout d’abord, il faudrait taxer, à la frontière, les marchandises polluantes, en modulant le niveau de taxation en fonction du niveau d’émissions nocives. Puis, il faudrait aussi faire sauter les clauses de «protection des investisseurs» qui permettent aux multinationales d’infirmer devant les tribunaux certaines décisions démocratiques, permettant ainsi de légiférer comme il se doit sur la question écologique. Rappelons que Lone Pine Resources a annoncé en 2010 sa volonté de poursuivre le Canada à cause du moratoire sur les forages dans le fleuve Saint-Laurent, et qu’Ethyl Corporation a vaincu Ottawa, devant le tribunal constitué sous l’ALENA, qui avait commis le crime de bannir un additif à carburant soupçonné d’être toxique. Finalement, chaque État devrait tenter de favoriser davantage son marché intérieur que l’exportation à tout prix, réduisant le transport des marchandises.

Il serait malheureusement surprenant que de telles idées soient discutées au G7...

 

Du 5 au 9 juin, je consacrerai un texte par jour au G7.

Le 5 juin: Relire Parizeau avant le G7.

Le 6 juin: Cinq idées pour les dirigeants du G7.

Hier: Guerre commerciale ou libre-échange? La fausse polarisation.

Demain: L’actualité de John Maynard Keynes.