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La gratuité finit par coûter cher

La gratuité finit par coûter cher
Photo d’archives, Héloïse Archambault

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En cette campagne préélectorale, le mot gratuité est à la mode. Les partis politiques ont toujours une tendance naturelle à se montrer généreux en pareilles périodes. Voyant l’équilibre budgétaire et certaines marges de manœuvre financières, cette générosité tend à s’exacerber.

Au cours des dernières semaines, le PLQ a promis les garderies gratuites pour les enfants de 4 ans. Le PQ a poussé le bouchon plus loin en promettant la gratuité complète en éducation du primaire à l’université. Cette idée était déjà supportée par Québec solidaire. Ces derniers suggèrent aussi la gratuité des soins dentaires pour une bonne partie de la population. Et ça commence !

Promettre la gratuité pour gagner des votes, c’est vieux comme le monde. À terme, le citoyen dont le budget est toujours serré rêve que tout soit gratuit. Imaginez la belle vie si l’on obtenait gratos le loyer, les vêtements, l’épicerie. L’épicerie gratuite ! Facile à justifier dans un discours politique : aucun besoin n’est plus essentiel dans la vie que de se nourrir !

Effets pervers

Mais la prétendue gratuité a de bien mauvais côtés. Elle peut constituer une erreur déplorable en matière de politiques publiques. Une erreur extrêmement difficile à corriger puisque lorsqu’on a offert quelque chose de gratuit à la population, le retour en arrière est périlleux.

Je me méfie de la gratuité à cause des conséquences négatives. Un service public dit gratuit devient généralement un service où sévissent des listes d’attente. Le système de santé canadien, ça vous dit quelque chose ? Même le récent retrait des frais accessoires en santé s’est traduit par des mois d’attente pour des services comme les échographies.

La gratuité signifie bien souvent une dégradation de la qualité des services. Le cas des universités gratuites en France mérite qu’on y porte une attention. La France est aux prises avec bien des universités considérées comme des institutions de seconde classe. Mais elles sont gratuites.

Les universités de Montréal, Laval et McGill pourraient-elles demeurer dans l’élite mondiale dans un contexte de gratuité ? Je n’y crois vraiment pas. Le PQ devrait inclure cela dans sa réflexion.

Gaspillage

Les services gratuits sont aussi généralement gaspillés. Regardez comment les gens se comportent dans les buffets à volonté. Quand ça ne coûte rien, chacun a tendance à en prendre plus que nécessaire. Pareil pour les services gouvernementaux. Il faudrait introduire un ticket modérateur en santé plutôt que de promettre la gratuité ici et là.

À la base, le mot gratuité transporte lui-même un immense mensonge. Gratuit ? Rien n’est gratuit ! Un service devient gratuit pour ses utilisateurs lorsqu’on le fait payer par l’ensemble des contribuables. Non seulement ce n’est pas gratuit, mais puisqu’on l’utilise mal et trop, le service dit « gratuit » coûtera finalement plus cher. Plus cher, c’est exactement le contraire de gratuit.

À tous ceux qui sont à l’affût des exemples de populisme en politique, soyez vigilants. N’y a-t-il rien de plus populiste que de faire rêver une population en faisant miroiter des choses qui deviendraient par magie « gratuite » ?