/investigations/truth
Navigation

Le gouvernement fédéral avancerait des chiffres irréalistes

PH-Twitter
Photo tirée de Twitter Patricia Fuller

Coup d'oeil sur cet article

Débusquer les fausses nouvelles, vérifier les déclarations des politiciens, trouver les vrais chiffres : les recherchistes de notre Bureau d’enquête, basées à Montréal, Québec et Ottawa, se spécialisent dans l’art de rétablir les faits. Chaque samedi, elles vous présentent leurs trouvailles pour vous permettre d’y voir plus clair dans l’actualité de la semaine.


L’énoncé

La nouvelle ambassadrice du Canada pour les changements climatiques, Patricia Fuller, a affirmé cette semaine au Journal que l’achat de l’oléoduc Trans Mountain par Ottawa ne nuira pas à l’atteinte de sa cible de réduction de 30 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2030.

Environnement Canada a par la suite précisé que les GES associés au projet d’expansion de Trans Mountain, estimés à 15 millions de tonnes (Mt) en 2030, ont été pris en compte dans le plan climatique du Canada.

Les faits

Trois experts consultés ne rejettent pas les estimations de 15 Mt du fédéral. Ils jugent toutefois que la cible de réduction de 30 % d’Ottawa est irréaliste et que le Canada ratera son objectif.

« Pour y arriver, il faudrait qu’il n’y ait aucune émission additionnelle en plus de réductions annuelles d’environ 20 Mt », explique le spécialiste en évaluation environnementale Michel A. Bouchard.

Or, l’élargissement de Trans Mountain va plutôt augmenter les GES en accroissant les exportations de pétrole albertain. Le fédéral argue que cette hausse sera compensée par des politiques telles que la taxation du carbone et le plafonnement des émissions de méthane.

« On prévoit que 40 % de la réduction sera faite avec [ces mesures]. Il reste donc 60 % et tant de choses pour lesquelles il n’existe aucune modélisation sérieuse », souligne M. Bouchard.

Déjà, le Canada ratera bientôt une autre cible, celle d’une réduction de 17 % des émissions de GES pour 2020, alertait la commissaire à l’environnement en mars.

« Si Ottawa était sur la bonne voie, son argument serait valable, note Marc Lee, du Centre canadien de politiques alternatives. Mais Ottawa n’est même pas proche de respecter son engagement. »