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Paroles d’arbre

Paroles d’un
bouleau jaune
Michel Lebœuf
Éditions 
MultiMondes
Photo courtoisie Paroles d’un bouleau jaune Michel Lebœuf Éditions MultiMondes

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Certains se souviendront sans doute du beau lac bleu et sombre d’Hélène Pedneault qui réfléchissait sur la condition humaine et sur la nature qui l’entourait. Les paroles d’un bouleau jaune sont du même ordre jubilatoire.

Michel Lebœuf n’est pas romancier, même si ses propos pourraient fort bien figurer dans la section fiction. Non, c’est un biologiste spécialiste des écosystèmes, et il a imaginé ce dialogue entre un vieux bouleau jaune sur la fin de sa vie et lui-même. Pour justifier son « amour de la sauvagerie, l’arrière-pays, la non-civilisation. Ce refus presque global [...] », il évoquera son inévitable métissage avec les populations amérindiennes du Québec et son ADN de coureur des bois.

Le colosse de la forêt laurentienne, l’arbre-emblème du Québec, le bouleau jaune, à ne pas confondre avec le bouleau blanc ou gris, en a vu passer des saisons entre ses racines et ses feuilles. Depuis qu’il est né, il y a 250 ans (une goutte d’eau dans la lente et inévitable évolution des espèces), la forêt a bien changé.

Vieux Jack, c’est le nom qu’a donné l’auteur à ce bouleau jaune, va se confier au nouveau propriétaire d’une terre forestière, et nous servira une merveilleuse leçon sur les origines du monde et l’évolution des espèces.

Si la race humaine est appelée à disparaître un jour, à cause de cette soif effrénée du pouvoir et ce besoin absurde de tout contrôler, le règne végétal, lui, est appelé à vivre encore longtemps. Car l’entraide est au centre de ses activités. L’arbre est un être social. « Chaque jour, et en toutes saisons, nous forgeons des alliances et échangeons des biens et des services afin de maintenir la cohésion de la communauté forestière, dont nous sommes les piliers », souligne Vieux Jack.

Il existe tout un réseau de communications souterraines et d’entraide entre les différentes espèces végétales, auquel participent d’autres organismes vivants comme les fourmis et les chenilles, entre autres. Il raconte également comment la disparition de la tourte, « 350 années après l’arrivée des premiers colons européens en Amérique du Nord », a modifié dramatiquement l’écosystème d’un milieu, favorisant l’apparition et la propagation de la maladie de Lyme, cette bactérie qui nous empoisonne le sang.

Ce que tu vois autour de toi, raconte le vieux bouleau, « ce n’est pas une forêt ; c’est le résultat d’une accumulation de relations, d’interrelations et d’interactions. [...] Chaque arbre de chaque forêt est une île en soi. Il héberge des multitudes d’espèces dans son feuillage, sur son tronc, dans ses racines : des oiseaux, des insectes, des champignons, des bactéries. Il est à lui seul un écosystème. »

Mais alors, se demande l’auteur, tout cela fait-il partie d’un grand plan d’ensemble, d’une seule et même volonté d’organiser le monde ? Vieux Jack ne saurait répondre clairement, mais il affirme tout de même qu’« il n’y a pas de finalité intelligente à l’Univers ». Celui-ci serait le résultat de fusions entre des molécules et d’amalgames entre les éléments. « La symbiose, l’entraide : c’est de cette manière que la vie a persévéré sur cette bonne vieille Terre », conclut-il. Et la photosynthèse serait notre mère à tous, grâce à l’énergie solaire. Et quel meilleur territoire que la forêt pour fusionner toutes les matières ? Ici, rien ne se perd, tout se recrée au rythme des saisons et des cycles solaires.

La forêt est bénéfique à plus d’un point de vue. Les arbres seraient des filtres nécessaires, des purificateurs d’air. « Marcher en forêt c’est comme prendre un bain chaud ou entrer dans un sauna. [...] C’est une des meilleures thérapies qui soit », affirme Vieux Jack, rappelant que la vitamine N, comme dans Nature, nous permet de vivre plus longtemps et en meilleure forme.

Ce livre renferme une quantité incroyable d’anecdotes, d’histoires vraies et de statistiques. Je ne vous révèle pas la fin même si on la sentait venir. Nous sommes faits de la même eau que nos frères les arbres. Il serait temps de les écouter. Parlez-en à Richard Desjardins, il le sait lui aussi.