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Drogue, alcool et suicide

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Les suicides cette semaine de la designer Kate Spade et du chef Anthony Bourdain, animateur à CNN, ont été amplement commentés dans nos médias, même s’ils étaient peu connus du grand public francophone.

Tant mieux, car ces tragédies méritent qu’on s’y arrête.

Pour une fois, loin d’être des célébrités de pacotille, Kate Spade et Anthony Bourdain étaient connus et reconnus pour d’excellentes raisons : créateurs, ils avaient un talent fou et chacun à sa façon a ouvert les portes d’univers longtemps fermés au commun des mortels, la mode griffée et la restauration.

On peut se procurer un sac Kate Spade pour 500 $. Pas donné, mais mieux qu’un Chanel à 5000 $.

Bourdain est devenu célèbre en révélant les secrets de cuisine des grands restaurants new-yorkais où il avait travaillé, dans son best-seller Kitchen Confidential. Mais ils avaient autre chose en commun.

Vies de fous

Ils se défonçaient. Kate Spade avec l’alcool, selon sa sœur, le milieu de la mode et le New York Post, mais ce que nie son mari, et Bourdain avec tout ce qui lui tombait sous la main.

Plus jeune, c’était l’héroïne et la cocaïne, dont il était sobre maintenant, mais il buvait, fumait beaucoup et menait une vie de fou, toujours en avion, toujours à l’hôtel, seul, pour réaliser ses fabuleux reportages sur les cuisines du monde, dont celle du Québec.

Il voyageait 250 jours par année, ce qui laissait peu de temps pour sa fille et son amoureuse.

Trio mortel

On parle rarement du lien entre la maladie mentale, le suicide et la dépendance, en soi une mort lente. On ne dit pas assez que nombre de dépressifs s’automédicamentent avec de l’alcool ou de la drogue. Par choix ou par nécessité.

Si le « traitement » fonctionne au début, le calvaire que devient la dépendance et l’inutilité croissante du « médicament » ne font qu’amplifier la dépression et la honte qui s’ajoute au cocktail.

Et puis un jour, vous vous dites que vos enfants seraient mieux sans vous. Que vous êtes un fardeau pour l’humanité. Qu’il n’y a pas d’autre solution que de tout arrêter aujourd’hui parce que demain fera encore plus mal. Ou vous ne dites rien et tirez brutalement la plogue.

Mourir pour guérir

J’étais fan d’Anthony Bourdain. Un bad boy comme je les aime. Le Keith Richards de la cuisine. Homme affable, sportif et bon vivant, dit-on, je devinais néanmoins dans son regard que le mal de la dépendance l’habitait toujours. Comme le soulignait le chef montréalais David Macmillan à Marie-Claude Lortie en parlant de son ami « Tony », « un toxicomane demeure fragile toute sa vie ».

Même quand vous ne consommez plus de drogues dures, le goût de la mort s’est déjà logé dans vos tripes, prêt à se réveiller au moindre accroc à l’abstinence.

Tous les dépressifs ne sont pas toxicomanes ou alcooliques, mais ils sont nombreux à s’anesthésier pour moins souffrir. Même s’ils doivent mourir pour y arriver.

C’est la pire chose à faire.


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