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Le Jacques Chagnon en nous

Le président de l’Assemblée nationale, Jacques Chagnon.
Photo Agence QMI, Simon Clark Le président de l’Assemblée nationale, Jacques Chagnon.

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Quand vient le temps de critiquer les dépenses inutiles ou somptueuses des politiciens, comme les agapes bien arrosées de Jacques Chagnon, on n’y va pas avec le dos de la main morte.

Mais qu’en est-il des petites fraudes que nous commettons au quotidien ?

LA PAILLE ET LA POUTRE

Regardez votre famille.

Je suis sûr que si vous fouillez un peu, vous trouverez une cousine qui gère une garderie illégale dans son salon, un beau-frère qui rénove sa maison en recevant des chèques de la CSST ou une belle-sœur qui prend ses journées de maladie pour aller se la couler douce à Cuba.  

C’est bien beau, voir la paille dans l’œil du voisin, mais qu’en est-il de la poutre qui traverse notre cornée ?

Il y a quelques années, je mangeais sur une terrasse lorsqu’un camion s’est garé à quelques mètres de moi.

Le conducteur est sorti et a ouvert la porte arrière de sa semi-remorque. Elle était remplie de boîtes de carton.

« Qui veut un lecteur DVD ? Cinquante dollars chacun ! » a-t-il lancé à la volée.

Les gens se sont précipités dans sa direction, le portefeuille à la main. Qu’importe si ces appareils avaient probablement été volés : on ne laisse pas passer pareille offre !

Je ne veux pas banaliser les gestes posés par le président de l’Assemblée nationale. Il a mal utilisé l’argent public. Mais les politiciens ne viennent pas de Mars ou de Vénus : ce sont des humains comme vous et moi, ni pires ni meilleurs.

Et là où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie.

EN DESSOUS DE LA TABLE

Vous êtes blanc comme neige, vous ? Vous n’avez rien à vous reprocher ? Vous n’avez jamais menti à l’impôt ou aux douanes ? Vous n’avez jamais fait passer un repas romantique pour une discussion d’affaires ?

Vous n’avez jamais fraudé votre compagnie d’assurances, en gonflant le montant de votre réclamation ?

Regardez comment certaines personnes se sont comportées au lendemain de la tempête de verglas de 1998.

Plus de 530 000 réclamations d’assurance ont été déposées. C’est fou le nombre de gens qui ont déclaré avoir perdu des homards et des steaks de Kobé quand leur congélateur est tombé en panne !

Je ne savais pas que les Québécois étaient aussi gastronomes...

On est vite sur la gâchette pour dénoncer les fraudes commises par les autres, mais on dirait que lorsque c’est nous, c’est moins grave. On est soudainement compréhensifs. 

On chiale contre les entreprises qui ne paient pas leur juste part d’impôt... tout en payant la femme de ménage, le peintre ou le jardinier en dessous de la table.

Selon les récents chiffres, le travail au noir coûterait plus de 10 milliards par année au Québec.

C’est beaucoup, beaucoup de fric.

Et ce n’est pas Netflix, ça.

C’est vous et moi.

LES BOUGON

Pourquoi pensez-vous que Les Bougon ont remporté un tel succès ?

Parce qu’on se reconnaissait dans ces personnages de crosseurs sympathiques. Il y a un peu de nous autres là-dedans...

C’est bien beau, critiquer les politiciens qui pigent dans le plat de bonbons. Mais on pourrait aussi se regarder dans le miroir de temps en temps.