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«Notre manif, c'est d'la marde»

«Notre manif, c'est d'la marde»
Photo Simon Clark

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C’est en se cognant la tête les uns contre les autres qu’on finit par se connaître. C’est Napoléon qui disait ça. 

Et c’est sans doute ainsi que les policiers ont fini par comprendre le script des manifs qui laissait aux casseurs la partie facile et les meilleures images à la télé...

Mais, cette fois, pour le G7 en territoire non cédé à la gogauche, la police et les abonnés du fisc ont poussé un soupir de soulagement en voyant débarquer à Québec les forces vives du communautaire montréalais, toutes secrètement heureuses d’avoir une manif pour se faire voir, une dernière fois avant l’été, les grandes vacances et les terrasses gentrifiées...

Ah, ils étaient splendides avec le marteau et la faucille, des outils que la plupart n’ont vu qu’en regardant Décore ta vie...

C’en était comique de les voir, ces partisans de la Révolution prolétarienne, hésitants, les mots manquants, incapables de scander leurs slogans au diapason... Comme une chanson à répondre ratée.

Sur les médias sociaux, on se foutait de leur gueule : «Au G7, on connaît pas son texte»...

Faune bigarrée, cultivée, lessivée: iPhone, espadrilles Merrill, pantalons cargo et crème solaire... Abandonnée à la pensée unique, éperdue et sentimentale: PAS DE FRONTIÈRES, PAS DE NATION, PAS DE DÉPORTATIONS...

Des mots perdus dans le vent, soufflés dans un mouchoir, derrière des verres fumés... Une perte de temps magistrale.

De quoi faire pleurer le Parti communiste du Québec, les Dames de Sainte-Anne radicales et les abonnés du RRÉGOP du cégep du Vieux-Montréal.

«Notre manif, c'est d'la marde»
Photo Simon Clark

 

Exaspéré, à court de mots, heurté par l'indifférence de la police, un bolchevik à capuchon s’est écrié dans le désert de Beauport: «Notre manif, c’est d’la marde»...

Il faut dire que les policiers ont bien fait leur boulot. Partout. Ils étaient nombreux, capables de se mesurer aux meilleurs régiments révolutionnaires de la Grosse Poire. Et au Bantam du Black Bloc... 

Au final: une douzaine d’arrestations. Deux divans incendiés. Et nombre de visages attristés de n’avoir pu faire mieux... Que c'est triste de ne rien casser quand on ne sait rien faire d'autre pour changer les choses...

Bref, ce G7 n'avait rien d'un Printemps érable. Rien pour qu’un policier écrive à sa mère :«Maman, t'inquiètes pas. Le G7 de 2018, ça n’a rien à voir avec le Sommet des Amériques. En 2001, Jaggi Singh était mince, courait vite et nous ne savions pas vraiment quoi faire devant sa catapulte, ses insultes et le reste...

Mais aujourd’hui, maman, on a appris de nos erreurs, la première étant d’avoir constamment sous-estimé les violences et les coups fourrés. On a fini par apprendre à ne plus se laisser faire. Comme en 2012, à Montréal. On nous crachait dessus, on nous lançait des bouteilles remplies de pisse, des boules de billard, des excréments dans des sacs en feu, des clous, des écrous, des boulettes de peinture, y a rien qu’on ne nous a pas garroché. On en a pris plein la face, j’te jure, maman. J'ai jamais dit que j'avais failli perdre un oeil.

Mais cette fois, le commandement a dit qu’on était pas des cons à temps plein. La sécurité, cette fois, c’était du sérieux. J’sais pas si c’est à cause de Trump, de Trudeau ou de Régis mais on nous a dit de mettre le paquet. Les congés ont été annulés, banqués ou payés en double. Et tout le monde était là, avec tout l'équipement.

On nous a dit de ne pas laisser souiller la démocratie canadienne devant le monde entier. Parce qu’il y avait des télés de partout. Des télés arabes, japonaises en plus de nos réseaux TVA et RDI. Même qu'à certains moments, y avait plus de caméras que de manifestants et y en a qui avaient les larmes aux yeux de manifester avec des mononcles et des matantes. Genre, t'sé, du monde pas capable de rien casser...»

Aux yeux de ce policier, de sa mère et de la majorité silencieuse, ce qui devait être fait a été fait. Il n'y a pas de mais qui tienne. Mais la liberté? Regardons ailleurs dans le monde avant de déprécier la nôtre...

«Notre manif, c'est d'la marde»
Photo Simon Clark

Ceux qui voulaient manifester pacifiquement ont pu le faire. Ils n’ont peut-être pas été entendus mais ça, c’est sans doute parce qu'ils ont beaucoup parlé déjà. Et de plus en plus de gens savent qu’on vit dans un «eldorado social». 

Ce fut même écrit dans le Monde, prestigieux journal de gauche...

Alors du G7 de La Malbaie, on ne retiendra pas les manifs de la Ligue révolutionnaire d’improvisation. C’est du Donald dont on se souviendra. Arrivé en retard, parti après deux œufs/bacon/café, laissant notre Bienheureux PM seul avec ses sourires, ses théoriques menaces et un pays décontenancé par un voisin rustre et imprévisible.

Trump n’était pas le seul imbécile au G7. Tous l’étaient à divers degrés. D’abord en croyant qu’après des semaines de tensions politico-commerciales américano-mondiales, cette réunion de faucons civilisés permettrait de mettre en cage un pygargue à tête orange...

Pour faire le compte de cette coûteuse déconvenue, il faut ajouter les GO de l’éducation populaire. L’évènement était d’envergure, mais eux pas plus que Trump...