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Le président a-t-il signé l’arrêt de mort du G7?

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Photo d'archives, AFP Le président américain Donald Trump était de meilleure humeur à son arrivée à La Malbaie samedi.

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OTTAWA | Le fiasco du G7 au Québec causé par Donald Trump pourrait mettre fin aux futures éditions de cette importante rencontre vieille de 43 ans entre les pays les plus puissants du monde, selon des experts.

« Trump a mis le bordel dans le G7 », lance Bruce Mabley, diplomate à la retraite, qui anticipe déjà que la Maison-Blanche boude le groupe à l’avenir, laissant les autres pays former un « G6 ».

Cela survient alors que la rencontre du Groupe des 7, ce week-end dans Charlevoix, s’est conclue sur un échec diplomatique inédit pour ce genre de rencontre, selon tous les experts consultés.

Non seulement le président américain a-t-il renié la déclaration commune des pays censés être ses plus proches amis, mais il a insulté l’hôte du sommet, Justin Trudeau. Dans un tweet lancé après son départ du Québec, il a qualifié le premier ministre de « faible » et de « très malhonnête ».

En voie d’extinction

« C’est possible que le G7 disparaisse », évoque le professeur en science politique à l’Université de Montréal Jean-Philippe Thérien.

Les relations entre les pays sont devenues de plus en plus imprévisibles depuis que Donald Trump est président, selon le spécialiste des institutions internationales. En même temps, le G7 est en train de perdre de la pertinence au profit d’autres rencontres internationales, comme le G20, qui inclut les nouveaux pays puissants, tels la Chine, l’Inde et le Brésil.

Et la russie ?

Le président Trump en a d’ailleurs surpris plusieurs en disant ne pas tenir à la réunion à 7, demandant « pourquoi avoir cette rencontre sans la Russie ». Ce pays faisait partie du groupe jusqu’en 2014, année où il a été suspendu pour avoir envahi la Crimée.

Le comportement de Donald Trump a introduit un « climat de méfiance » envers ses plus proches alliés occidentaux, selon M. Thérien, ce qui envoie « un très mauvais signal » pour ce type de diplomatie.

« Personne n’est intéressé à se chicaner en public avec la famille », illustre-t-il.

Le président français, Emmanuel Macron, a évoqué que le sommet pourrait se passer des États-Unis et que « ça [leur] est égal d’être à 6 si le besoin était ».

C’est d’ailleurs dans son pays que le prochain G7 est prévu, dans la ville de Biarritz, à la fin de l’été 2019.

Danger

Un boycottage des États-Unis représenterait toutefois « un danger pour l’institution [...] qui a fait de grandes choses, qui a une immense valeur », selon Leonard Edwards, ancien sherpa et organisateur de nombreux sommets au Canada.

Un responsable du gouvernement canadien a confirmé que les États-Unis jouent « un rôle clé » dans ce forum.

Quant à la demande de M. Trump sur l’ajout de la Russie, l’ancien premier ministre du Canada Stephen Harper a pourfendu cette idée sur les ondes de la télévision américaine, dimanche.

« Le but du G7 est de mettre ensemble les plus grands alliés occidentaux du monde, qui partagent des intérêts stratégiques et des valeurs », a-t-il dit au réseau Fox News.

Avec ou sans la collaboration de Donald Trump, l’ex-sherpa Leonard Edwards espère que la tradition de se rencontrer à 7 survivra à sa présidence controversée.

« Je pense que ça prendra plus qu’une colère sur Twitter pour mettre fin au G7 », conclut-il.