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Les femmes ont sauvé le G7 du fiasco

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À la lecture du communiqué officiel et des déclarations émanant du G7 qui s’est tenu dans Charlevoix, du 8 au 9 juin dernier, ce qui frappe, c’est la redondance à profusion dans les thèmes, les stratégies et la litanie des engagements, maintes fois répétés, par les Nations-Unies, la Banque mondiale, le Fonds monétaire international et les organisations régionales d’Afrique, d’Asie et des Amériques.

Les mêmes constats, les mêmes valeurs, les mêmes objectifs et les mêmes vœux pieux s’y retrouvent. C’est à se demander si ces sommets du G7 sont réellement utiles à quelque chose qui ne peut être accompli autrement et à moindre coût.

Un total désaccord

L’agenda du sommet de Charlevoix était ambitieux, allant de la croissance économique et les emplois du futur au changement climatique, la pollution des océans et l’énergie propre, en passant par l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes et la construction d’un monde pacifique et plus sûr. Le tout sur fond de contentieux commercial grave avec le principal partenaire économique du G7, les États-Unis.

Malgré les pressions des grands de ce monde, le président Trump n’a pas cédé d’un iota sur son isolationnisme, confirmant toutes les menaces qu’il avait lancées sur son compte Twitter, la veille et le matin même de son arrivée au Sommet.

Force est de constater que les dirigeants du G6+1 ne sont pas parvenus à le faire renoncer à ses surtaxes sur l’acier et l’aluminium. Et dans un geste de mépris sans précédent, il leur a fait l’affront de retirer son accord du communiqué conjoint.

La question se pose désormais. Que faire de Trump qui les menace de « remettre à plat les accords commerciaux injustes » à l’égard des États-Unis ?

Parviendront-ils à empêcher une guerre commerciale suicidaire ou assisterons-nous à une escalade de représailles qui fissurera davantage le bloc des pays les plus riches ? Le désaccord est total.

Jusqu’où ira-t-il dans le démantèlement du libre échange et du multilatéralisme ? Est-il en train d’accélérer le déplacement du leadership mondial vers le pôle asiatique avec à sa tête la Chine et les économies émergentes (Inde, Brésil, Afrique du Sud, etc.) ?

Une tragédie silencieuse

Heureusement qu’il y a les femmes. En effet, le seul thème qui a fait l’objet d’une décision concrète, sans nécessairement rallier tous les membres du G7, est celui de l’égalité des sexes et de l’autonomisation des femmes.

Un enjeu vieux comme le monde qui a fait l’objet de nombreuses résolutions, déclarations et conférences internationales et auquel on a consacré une organisation mondiale entière, ONU Femmes.

C’est le seul agenda qui tient la route et la seule bonne nouvelle de ce sommet. Elle est d’ailleurs saluée par la trentaine d’organisations non gouvernementales qui en avaient fait la demande.

D’où l’enthousiasme du premier ministre Trudeau d’annoncer un fonds partenarial de 3,8 milliards $, sur trois ans, consenti par la Banque mondiale, l’Union européenne, le Royaume-Uni et le Canada, pour l’éducation des jeunes filles en zone de guerres et de conflits armés.

Le drame de ces réfugiées de la guerre en Afrique, en Asie et au Moyen-Orient est l’une des tragédies les plus silencieuses de notre siècle. Elles sont soumises aux pires atrocités et font l’objet de viols systématiques, de brutalité et de torture. Pas étonnant qu’elles soient deux fois moins scolarisées que les garçons.

Qu’on pense, notamment, aux jeunes filles yézidies réduites à l’esclavage sexuel par les soldats de l’État islamique ou aux lycéennes du Nigeria enlevées par Boko Haram.

L’ironie du sort est que les dirigeants du G7 qui se portent, aujourd’hui, au secours de ces victimes des conflits armés sont ceux-là mêmes qui autorisent les ventes d’armes de leurs pays à ceux qui érigent le viol en arme de guerre et qui mettent sur les chemins de l’exil des millions de femmes et de filles vulnérables.