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Caligula contre Kim

Donald Trump
Photo AFP Donald Trump

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Quand les deux chefs d’État les plus bizarres, les plus imprévisibles et les plus inquiétants au monde — Donald Trump et Kim Jong-un — prévoient de se rencontrer, tout peut arriver.

Je peux me tromper, mais quoi qu’il arrive à partir de maintenant, le leader nord-coréen a déjà gagné, tout simplement parce qu’il a forcé le monde entier à le prendre au sérieux.

Dans une négociation, vous devez donner quelque chose pour espérer obtenir quelque chose.

Idéalement, vous espérez obtenir plus que ce que vous donnez.

Or, Kim Jong-un va garder l’essentiel de ce qu’il a et obtenir plus de ce qu’il veut.

Impossible

Les Américains disent vouloir une dénucléarisation de la Corée du Nord qui soit « complète, vérifiable et irréversible ».

Oubliez ça.

Comme l’expliquait hier le journal New York Times, il faudrait, pour parvenir à cela, réaliser les six opérations suivantes :

1. Démanteler chaque arme nucléaire et sortir du pays leurs composantes essentielles.

2. Démanteler les centrifugeuses qui produisent l’énergie pour les réacteurs nucléaires.

3. Démanteler les réacteurs qui transforment l’uranium en plutonium.

4. Vérifier le démantèlement allégué du principal site servant aux essais nucléaires.

5. Fermer tous les sites de fabrication de combustible pour les bombes nucléaires H, plus complexes et puissantes que les bombes nucléaires de type A (atomique).

6. Permettre aux inspecteurs étrangers d’enquêter n’importe où, n’importe quand et indéfiniment.

Et on ne parle pas encore du stock d’armes chimiques et de missiles non nucléaires capables d’atteindre la Corée du Sud et même les États-Unis.

Kim, lui, ne veut pas plus d’argent et plus de pouvoir domestique : il a déjà tout ça.

Il veut briser son isolement et renforcer sa légitimité, afin d’assurer la stabilité de son régime et se mettre à l’abri d’un coup d’État, toujours une possibilité dans un régime dictatorial.

Avant cette année, Kim n’était jamais sorti de son pays ni n’avait rencontré un autre chef d’État.

Coup sur coup, il aura rencontré le président chinois et celui de la Corée du Sud. Maintenant, il amène à lui le président des États-Unis.

Avant Trump, il aurait été inconcevable qu’un président américain envisage la possibilité d’une rencontre avec l’occupant du trône d’une dynastie familiale qui assassine ses opposants et emprisonne sa population.

Instable

En échange de cette respectabilité conférée au petit tyran, Trump obtient la seule chose qui l’intéresse vraiment : être le centre de l’attention du monde entier.

Voici un homme qui, au milieu des années 1980, au moment où il achetait des terrains à New York, avait proposé à Ronald Reagan d’être son négociateur face à l’URSS pour parvenir à un traité de limitation des armes nucléaires.

Aujourd’hui, tel un empereur romain mentalement instable, ce Caligula moderne est en position de vivre ses fantasmes.