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Éloge et nécessité des syndicats

Éloge et nécessité des syndicats
Photo Archives / Agence QMI

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Oui, éloge des syndicats

Au mois d’avril 2015, le prestigieux journal Le Monde diplomatique, de réputation internationale, intitulait ainsi son texte : « Éloge des syndicats ». Un titre à faire frémir de rage le patronat, le Parti libéral du Québec, Maxime Bernier et les conservateurs à Ottawa, l’Institut économique de Montréal et autres faire-valoir du genre. Au premier paragraphe de cet article, il est écrit ce qui suit : « Puisque chacun prétend se soucier de l’envol des inégalités, pourquoi cette analyse du Fonds monétaire international (FMI) est-elle passée à ce point inaperçue? En raison de ses conclusions? »

Très bonne question à poser aux dirigeants de nos médias occidentaux qui préfèrent souvent analyser en profondeur les études de recherche du Conference Board, du Fraser Institute, du C.D. Howe Institute, des banques canadiennes et des universitaires de garde comme les Luc Godbout et Pierre Fortin. Probablement que si le FMI, qui est loin d’être à gauche, avait « blaster » les syndicats des travailleurs ordinaires, l’article aurait eu meilleure presse! Ça lui apprendra!

Nécessité des syndicats

En gros, ce que disait l’étude du FMI est bien illustré par le titre de ce trop court article paru dans Le Devoir du 6 mars 2015 qui rendait compte sommairement des conclusions du rapport : « Le déclin des syndicats accentue les inégalités ». L’affaiblissement des syndicats, voilà une des raisons qui explique l’odieuse envolée des inégalités économiques en Occident et au Québec. Des gouvernements comme le Parti libéral au Québec et le Parti conservateur à Ottawa qui n’ont de cesse de s’attaquer aux syndicats en grugeant dans leurs acquis alors qu’en même temps, ils donnaient plus de pouvoir aux compagnies, elles qui en détenaient déjà de façon excessive, en privatisant de nombreux instruments collectifs et services publics; en dérèglementant la protection de l’environnement et les lois du travail; en baissant à presque rien les impôts corporatifs tout en les gavant de subventions publiques et en faisant la bonne part en politique à des ministères importants de gens issus du privé. Des candidats supposément de prestige, rigoureux et pragmatiques pour gérer l’État comme une « business ».

La mondialisation et des mirages

Oui, la mondialisation à tout crin, met tous les pays et tous les travailleurs en compétition entre eux au profit des transnationales qui poursuivent les États si elles se sentent lésées dans leur droit inaliénable d’engranger des gros profits même en bafouant les conditions de travail des employés et en polluant allègrement. Cette mondialisation a eu pour résultat concret d’accentuer les écarts de richesse et d’appauvrir les travailleurs ordinaires. Et ça ne date pas d’aujourd’hui. Déjà en 2007, le Fonds monétaire international le signalait à nouveau : « Accélération de la mondialisation. Le poids relatif des revenus des travailleurs a reculé dans les pays développés, admet pour la première fois le FMI » (Le Devoir, 10 avril 2007). Qu’à cela ne tienne, nos gouvernements inféodés aux diktats du patronat ont continué à alléger la « lourdeur » syndicale qui brime tant les affairistes dans leurs droits de faire n’importe quoi, n’importe quand.

Et maintenant, que dit l’OCDE et l’OIT?

Ah ben chose, cette fois, au mois de mai 2018, c’est l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) et l’Organisation internationale du travail (OIT) qui nous dit cette vérité économique et sociale que les puissants et leurs larbins refusent obstinément d’admettre : « L’économie risque de faire les frais du recul des syndicats » (Le Devoir, 19 mai 2018). Oui, la meilleure façon de stimuler l’économie et de réduire les écarts de revenu, c’est par un meilleur partage de la richesse en augmentant le salaire des travailleurs et en réduisant celui des patrons. Ça ne prend pas une 100 watts pour comprendre ça? À moins d’être de mauvaise foi!

L’exemple des pays scandinaves

« Plus syndiqués, moins inégalitaires et taxant davantage qu’ailleurs, la Suède, le Danemark et la Finlande montrent une voie... qui détonne! » (Le Devoir, 8 mai 2013). Plus d’impôts sur le revenu et sur la richesse riment évidemment avec plus de services publics. Mais nos gouvernements, en particulier le PLQ, préfèrent appliquer la règle patronale du moins d’impôts, plus de privé partout et moins de programmes sociaux et d’État. Je le répète, ce n’est pas seulement au niveau moral qu’il faille mieux rémunérer les travailleurs ordinaires, mais aussi sur le plan économique comme l’a signalé l’OCDE en 2015 : « Les inégalités appauvrissent l’économie. Nous avons atteint un point critique, note l’OCDE » (Le Devoir, 22 mai 2015). Couillard a compris le message et il a augmenté le salaire des... médecines. Hi, hi, hi, petit comique va Léo!

N’en déplaise à mes dénigreurs, pas à mes ennemis, car je n’en ai pas. Afin de réduire les inégalités et financer les services publics, il faut taxer davantage les gros revenus et la richesse : « Taxez les riches, dit le FMI. Les pays ont fait un effort pour réduire leurs dépenses, il est temps d’augmenter les revenus, précise l’organisation » (Le Devoir, 10 octobre 2013). Écoutant l’appel du patronat et des nantis, Charest, Couillard et Harper ont fait exactement le contraire. Voilà ce qu’ont fait les politiques progressistes (dixit Alexandre Taillefer) de Philippe Couillard et de sa bande de matamores : « Le FMI admet que l’austérité aggrave les inégalités sociales » (Le Devoir, 4 mars 2014).

La fourberie de la théorie du ruissellement

Basée sur aucune donnée empirique objective, les gras dur et leurs majorettes entonnent niaiseusement qu’à force d’enrichir les plus riches, cela va profiter à tous grâce aux retombées et au déferlement de leur richesse sur la caste inférieure. Ils appellent ça la théorie du ruissellement. Les rois disaient ça aussi à leurs sujets.

À propos de cette pseudo-théorie pleine de mépris qui encourage l’exploitation sans fin des uns au profit des autres, le réputé économique français Thomas Piketty a affirmé ce qui suit : « La théorie du ruissellement est une fable, pas le modèle scandinave » (L’Obs, octobre 2017). Quant au pape François, que j’adore... presque, il a affirmé dans son excellent livre « La joie de l’Évangile. Exhortion apostolique : Evangeli Gaudium » publié en 2013 : « Certains défendent encore des théories de la “rechute favorable” qui supposent que chaque croissance économique, favorisée par le libre marché, réussit à produire en soi une plus grande équité et inclusion sociale dans le monde. Cette opinion, qui n’a jamais été confirmée par les faits, exprime une confiance grossière et naïve dans la bonté de ceux qui détiennent le pouvoir économique et dans les mécanismes sacralisés du système économique dominant ». Bien dit pape François et bravo pour votre courage de le dire. Dans mon prochain texte, malgré les faits, pour les puissants, leurs élus et leur cavalerie, l’ennemi à abattre ce sont les syndicats.