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La rencontre historique entre Trump et Kim

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La rencontre d’aujourd’hui entre Donald Trump et Kim Jong-un est suffisamment symbolique pour marquer l’histoire, même si beaucoup reste encore à faire, notamment pour vérifier le processus de désarmement nucléaire de la Corée du Nord.

Si tout se passe bien, elle atténuera les risques de guerre dans la région. Kim Jong-un en retire déjà des avantages puisqu’il est redevenu fréquentable. Mais cette rencontre change aussi la face des relations internationales en Asie de l’Est et dans le monde.

1. Quelles seront les relations entre la Corée du Nord et les États-Unis ?

La propagande nord-coréenne a construit une partie de la légitimité du régime sur la détestation des États-Unis. Cette détestation est élevée au rang de culte. Elle est le miroir inversé de l’adoration de Kim Jong-un. Il sera difficile pour le régime nord-coréen de faire basculer rapidement son opinion publique en faveur des États-Unis. Un pareil court-circuit dans la tête des Nord-Coréens pourrait menacer Kim Jong-un. Si tout va bien, il faut s’attendre à un traité de paix, à l’ouverture d’ambassades dans chaque pays, puis à un apprivoisement progressif de part et d’autre.

2. Que deviendront les relations entre Washington et Séoul ?

Avec la fin de la menace nord-coréenne, les États-Unis perdront une raison pour garder leurs bases militaires en Corée du Sud. Il est douteux que le gouvernement américain perçoive clairement cette possibilité. C’est que les bases américaines sont demeurées actives en Europe malgré la fin de la guerre froide. Mais c’est sans compter sur l’opinion publique sud-coréenne, hostile à la présence de bases étrangères. Cette hostilité risque même de s’accroître si les États-Unis durcissent leurs tarifs commerciaux supplémentaires à la Corée du Sud.

3. Quel sera l’impact sur le Japon ?

Paradoxalement, le gouvernement de Shinzo Abe ne recherche pas une dénucléarisation immédiate de la Corée du Nord. C’est que Shinzo Abe veut modifier la constitution japonaise pour la rendre moins démocratique et plus militariste – plus proche des valeurs japonaises, dirait-il. Or, la diminution de la menace nord-coréenne lui ôte un argument. En effet, pourquoi modifier l’article 9 de la constitution, qui freine les ambitions militaires du pays, si la menace nord-coréenne devient très faible ? À plus long terme cependant, la pacification de la Corée du Nord renforce le besoin d’une alliance militaire entre les États-Unis et le Japon, pour contrer la montée de la Chine.

4. Qu’en est-il de la Chine ?

Les relations entre la Chine et les États-Unis se dégradent depuis de nombreuses années, en particulier depuis que la Chine est devenue la première puissance économique au monde et depuis qu’elle tente de devenir la première puissance militaire. Dans quel camp se rangerait une Corée réunifiée ou en voie de l’être ? Il est probable qu’elle voudrait être neutre, ce qui ferait perdre aux Américains un allié dans la région.

5. Qu’en est-il des relations entre les deux Corées ?

C’est la plus grande inconnue. Rien n’a filtré du type de relation que les deux pays entretiendraient. Les dirigeants des deux pays veulent une réunification des deux Corées. Mais comment procéder ? Qui va payer pour la modernisation de la Corée du Nord ? Quel sort sera réservé aux dirigeants nord-coréens ? Comment être certain que les communistes nord-coréens ne vont pas tenter de reprendre le pouvoir dans une Corée réunifiée ? Ces questions sont impossibles à résoudre en un seul sommet entre Trump et Kim.