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Rapport sur l’économie collaborative au Québec: l’industrie du taxi lève le ton

Économie collaborative
Zacharie Goudreault/ 24 Heures Guillaume Lavoie, chargé de cours à l’École nationale d’administration publique, a présenté mardi matin les grandes lignes du rapport élaboré dans les derniers mois par le Groupe de travail sur l’économie collaborative à la demande du gouvernement du Québec.

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MONTRÉAL | Des représentants de l’industrie du taxi déplorent qu’un groupe de travail mandaté par Québec propose d’abolir la formation de 35 heures imposée aux chauffeurs d’Uber depuis l’an dernier.

Le rapport du Groupe de travail sur l’économie collaborative, rendu public mardi, critique sévèrement le projet pilote d’Uber, qui offre un «monopole» à la multinationale californienne en encadrant seulement celle-ci alors que d’autres entreprises de covoiturage commercial comme Lyft ont été créées dans les dernières années.

Le président du groupe de travail, Guillaume Lavoie, a également critiqué en conférence de presse mardi la formation obligatoire de 35 heures imposées aux chauffeurs d’Uber depuis le prolongement du projet pilote l’an dernier.

«La pertinence de cette formation n’a pas été démontrée», a-t-il déclaré. M. Lavoie, qui est également chargé de cours à l’École nationale d’administration publique, craint que cette obligation rende plusieurs automobilistes réticents à réaliser du covoiturage commercial de façon occasionnelle.

«Uber, c’est du taxi. Le covoiturage commercial, c’est du taxi. On utilise des termes et des subterfuges de mots pour justifier un encadrement différent», a répliqué Marc-Antoine Cloutier, avocat et négociateur en chef pour le Comité provincial de concertation et de développement de l’industrie du taxi.

Règlementation différente

Alors que les nouveaux chauffeurs de taxi à Montréal doivent réaliser une formation de 150 heures, le porte-parole du regroupement Taxis du Grand Montréal critique l’application d’une réglementation différente pour les chauffeurs d’Uber.

«Pour tout transport rémunéré, il faut que ça soit égal et qu’on ait la même formation [...] Quand on fait le même service, il faut que la formation soit la même», a martelé Michel Aboujaoudé.

Le groupe de travail propose également d’abolir la formation des chauffeurs de taxi, tandis que M. Aboujaoudé estime que celle-ci est nécessaire et ne doit pas être supprimée, mais plutôt uniformisée pour tous les chauffeurs réalisant ce type de transport.

Le rapport critique par ailleurs la législation du gouvernement du Québec en matière de covoiturage, qui limiterait la popularité de cette forme d’économie collaborative en raison du manque «d’incitatifs financiers» pour les conducteurs, qui peuvent seulement partager leurs frais de transport avec leurs passagers.

«On sait que le coût associé à la possession d’une voiture va beaucoup plus loin que ça», a affirmé M. Lavoie, qui propose l’application d’une compensation pour les conducteurs.

L’économie collaborative comprend tant des entreprises en transport, en hébergement qu’en cuisine, entre autres, et implique un échange de biens ou de services entre différents consommateurs.

Airbnb

Le groupe de recherche propose également de créer un système d’enregistrement en ligne qui serait réservé à ceux proposant de l’hébergement temporaire semblable à ce qui est offert sur la plateforme Airbnb.

Ce système permettrait d’encadrer cette forme d’économie collaborative afin de limiter la location de logements de façon temporaire à la résidence principale afin d’éviter que des entreprises et des citoyens achètent ou louent des condominiums pour ensuite les louer sur Airbnb.

«Le risque de raréfaction du nombre de lieux d’hébergement disponibles est un enjeu important. Il faut préserver les logements pour les résidents», a expliqué la professeure adjointe en responsabilité sociale des entreprises à l’Université Laval et membre du groupe de travail, Nolywé Delannon.

Les élus de Ville-Marie ont d'ailleurs adopté, mardi soir en séance du conseil d’arrondissement, un règlement visant à réduire le nombre de propriétés qui seront autorisées à devenir des hébergements temporaires à vocation commerciale.

«On veut éviter la perte du parc locatif pour les Montréalais», a déclaré le conseiller municipal du district Mile-End et conseiller associé à l’arrondissement de Ville-Marie, Richard Ryan, qui précise que l’arrondissement ne compte toutefois pas empêcher les résidents de louer leur propre logement.