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Moins de champs de fraises à cause du coût des employés

La hausse du salaire minimum frappe de plein fouet les producteurs de petits fruits

Marc-André Isabelle, à Coteau-du-Lac, a lancé le projet de faire des fraises il y a quatre ans, mais cette année, il a réduit des deux tiers l’espace réservé à ce petit fruit.
Photo Pierre-Paul Poulin Marc-André Isabelle, à Coteau-du-Lac, a lancé le projet de faire des fraises il y a quatre ans, mais cette année, il a réduit des deux tiers l’espace réservé à ce petit fruit.

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Des agriculteurs québécois sont forcés de cultiver moins de fraises et de framboises en raison de la hausse du salaire minimum, en plus de couper dans le personnel.

L’augmentation du salaire minimum de 10,75 $ à 12 $ en deux ans au Québec met un poids considérable sur les agriculteurs. La production de fraises et de framboises nécessite beaucoup de main-d’œuvre, notamment pour la plantation, le désherbage et la récolte des fruits.

« C’est décevant parce que ça brise les ailes de notre projet de faire des fraises. La marge de profit est tellement minime dorénavant que ça ne vaut plus la peine d’en faire autant », se désole Marc-André Isabelle, qui est aussi producteur laitier et de légumes de conservation à Coteau-du-Lac en Montérégie.

M. Isabelle a réduit des deux tiers la surface de production de fraises cette année parce que ce n’était simplement plus rentable. Il est également passé de 14 à 10 employés cette saison.

Moins de nos fruits

La majorité des producteurs emploient comme lui des travailleurs saisonniers ou des étudiants payés au salaire minimum pour la production de fraises.

Cette décision de plusieurs agriculteurs ne devrait pas influencer le prix des petits fruits pour le consommateur puisque la Californie livre une forte concurrence, même en plein cœur de la saison estivale. Ce qui fait que les producteurs ne peuvent pas augmenter le prix de leurs produits sans perdre leurs clients.

Cependant, à long terme, il pourrait y avoir moins de nos fameux petits fruits rouges québécois sur les tablettes puisque des fermes pourraient abandonner la production.

Le producteur de fraises David Lemire à Trois-Rivières a quant à lui décidé de réduire ses plants de fraises de 10 % pour éviter de vendre une partie de ses fruits aux grossistes, ce qui est moins payant.

« Cette décision touche aussi le vendeur d’engrais, celui de plants, de paniers de carton, c’est eux aussi qui vont avoir 10 % moins de vente », insiste M. Lemire.

Guy Pouliot, de la ferme Onésime Pouliot sur l’île d’Orléans craint que cette situation freine l’élan que connaît la framboise du Québec.

Des producteurs développent présentement de nouvelles techniques, comme la culture hors sol, afin d’offrir un fruit qui se conserve mieux. Les producteurs pourraient ainsi concurrencer la framboise américaine ici et même penser exporter chez nos voisins.

« On fait des choses que personne ne fait en Amérique du Nord. On est performants, on n’a rien à envier aux Américains du côté technique. Les framboises, c’est en train d’éclore. La hausse du salaire minimum, personne n’est contre ça, mais ça peut te casser un “momentum” », déplore Guy Pouliot.

Les producteurs réclament un crédit d’impôt

Les producteurs demandent au gouvernement de leur verser un crédit d’impôt afin d’atténuer les effets de l’augmentation du salaire minimum.

« Le gouvernement lance une politique bioalimentaire où il dit qu’il veut plus de produits québécois, mais de l’autre côté, il augmente le salaire minimum, ce qui nous freine », déplore Marc-André Isabelle, producteur de fraises en Montérégie.

Les producteurs de fraises et de framboises, de même que tous les agriculteurs du secteur horticole qui ont besoin de plus d’employés, comme les secteurs des pommes, des légumes de champ, de serre et de conservation, de même que les bleuets de corymbe (gros bleuets), se sont regroupés pour convaincre le gouvernement.

Ces derniers demandent un crédit d’impôt qui correspond à la différence entre le salaire minimum actuel et ce qu’il serait s’il avait seulement été indexé en fonction du coût de la vie.

Avertir plus tôt

Selon leurs calculs, le gouvernement pourrait donc leur verser 6,8 M$ en 2017 et 18,4 M$ en 2018. L’argent pourrait être pris à même des fonds déjà réservés à l’agriculture.

« On trouve ça plate de ne pas être capable de mieux payer nos employés. On aimerait ça les payer 18 $ de l’heure, mais on n’a pas les moyens. C’est plate comme débat », se désole David Lemire, président de l’Association des producteurs de fraises et de framboises.

M. Lemire espère également que le gouvernement prévoit plus longtemps à l’avance ses prochaines hausses afin de laisser la chance aux producteurs de se préparer.

La dernière augmentation de 50 ¢ du mois de mai a été annoncée à peine cinq mois avant son entrée en vigueur.

« Il faudrait nous avertir pour pas qu’on soit dans le pétrin, que l’on puisse prévoir nos investissements », insiste M. Lemire.

Pas payant

11,6 %

Augmentation du salaire minimum en deux ans

50 % à 60 %

Importance de la main-d’œuvre dans les coûts de production

6 % à 8 %

Marge de profit moyenne des producteurs de fraises et de framboises

0,2% à 2,2%

Marge de profit avec l’augmentation du salaire minimum (dans le cas où la main-d’oeuvre représente 50% des coûts de production)