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Confessions d’un drogué heureux

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On va se remonter le moral ensemble, d’accord ?

Le Québec, qui devient un gros Nouveau-Brunswick, est gouverné par une équipe usée jusqu’à la corde.

Le Canada est gouverné par un adolescent.

Les États-Unis sont dirigés par un narcissique instable, ignorant et dangereux­­­.

Les dictateurs ont le vent dans les voiles.

La censure, qui revêt des habits de gauche, fleurit comme aux beaux jours des curés de droite.

Des extrémistes religieux veulent nous tuer ou nous imposer leurs croyances rétrogrades­­­.

L’anonymat des réseaux sociaux ragaillardit les lâches.

Une époque formidable, quoi.

C’est parti !

Voilà pourquoi, pendant le prochain mois, je m’évaderai devant mon petit écran.

C’est aujourd’hui que débute la Coupe du monde de soccer en Russie, le plus grand événement sportif de la planète.

« Du pain et des jeux », comme disaient les Romains, pour oublier momentanément l’état du monde ? Exactement.

Né en Uruguay, il était inévitable que le soccer soit ma drogue douce. Forte, dirait ma femme.

Du 16 septembre 2011 au 16 août 2016, ce qui fait tout de même cinq ans, j’ai écrit une chronique sur le soccer chaque vendredi dans ce journal.

Je le dis sans aucune fausse modestie : j’en connais un bout.

Mon plus beau souvenir ? Avoir couvert sur place la Coupe du monde de 2014 au Brésil pour Le Journal de Montréal et le réseau TVA, une immense marque de confiance.

J’ai rarement travaillé aussi fort dans ma vie — qui inclut tout de même quelques campagnes électorales, quelques années comme ministre et une thèse de doctorat — que pendant ce mois.

Je confesse que mettre les pieds dans la salle de presse du Maracaña fut aussi émouvant que m’asseoir pour la première fois à mon fauteuil de député à l’Assemblée nationale.

Mes favoris cette fois-ci ? Ils crèvent les yeux.

Un trio est au-dessus du lot : l’Allemagne­­­, sans faiblesse apparente, le Brésil, sur une belle lancée et qui a beaucoup à se faire pardonner, et l’Espagne, de retour à son rang habituel après un passage à vide.

Une petite coche en dessous, la France : ce n’est pas le talent qui est en question, mais sa capacité à sortir son meilleur jeu quand ça compte vraiment.

L’Argentine ? Beaucoup de talent aussi, un Messi reposé, mais des questions en défense et entre les poteaux.

L’Angleterre ? Au mieux, les quarts de finale.

Et vous ?

L’équipe la plus énigmatique ? La Russie : grosse tradition, sous-performante­­­ depuis longtemps, mais elle sera chez elle.

Même les « petites » équipes seront coriaces. Finis les 8 à 0 de jadis.

Une forme d’aliénation ? Une évasion superficielle ?

Pour une rare fois, je dirai : ouais, pis ?

Et vos favoris à vous ?