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Insouciance touristique

Insouciance touristique
Photo afp

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Pendant que je consulte nos médias locaux et l’actualité européenne dans notre petit appartement niché au grenier, les ruelles et les canaux de Venise bourdonnent de ces milliers de touristes venus d’un peu partout dans le monde. Le G7, le sommet Trump-Kim Jong-un, les migrations de masse, le réchauffement climatique et les autres avatars de la planète semblent très loin des préoccupations de cette faune touristique et, peut-être, encore plus pour les commerçants vénitiens qui font des affaires d’or.

Le nombre de touristes dans la lagune m’apparaît avoir augmenté de façon exponentielle depuis une première visite qui date déjà d’une dizaine d’années. J’éprouvais le même sentiment dans les rues de Florence pour y avoir déambulé en 2003. Je n’avais jamais visité Rome mais je suppose que le même phénomène s’y est passé, en considérant m’être retrouvé dans la Chapelle Sixtine, un espace tout de même exigü, avec plusieurs centaines de touristes. L’Italie n’est pas la seule à soulever un tel engouement, Prague, Paris, Vienne, Dubrovnik et bien d’autres villes européennes m’ont laissé la même impression.

Aux menaces qui pèsent sur la planète, comme les risques de conflit nucléaire, d’attentat terroriste, entre autres, une masse importante de citoyens font la sourde oreille et préfèrent courir le monde pour oublier ou défier le danger. Pendant que les dirigeants se chicanent ou font dans la diplomatie hypocrite, leurs citoyens se croisent partout dans le monde en découvrant la diversité et surtout l’amabilité des personnes toujours empressées à venir en aide au touriste égaré ou en quête de renseignements pour son séjour.

Il y a fort à parier que contrairement aux chroniqueurs, tous ces touristes ne se farcissent pas leur quotidien des nouvelles internationales et préfèrent laisser libre cours au plaisir de la découverte que leur offre le périple en terre étrangère. Ils se soucieront encore moins de l’émission des gaz à effet de serre de l’avion qui les a menés dans cette nouvelle contrée. Les sautes d’humeur du président Trump ne les irritent pas, trop occupés à entretenir leur indicible joie de vivre sur les terrasses des bars et des bistros. Ils font dans l’art du lâcher prise et je les envie de si bien y arriver pendant que l’actualité continue de tourmenter.

La légitimation d’un desposte comme Kim Jong-un par le président Trump ne peut que  laisser perplexe sur l’évolution des droits humains dans la prochaine décennie, alors que l’autoritarisme s’avère de plus en plus prégnant. Les menaces d’Erdogan d’une nouvelle guerre sainte, parce que l’Autriche veut éradiquer l’Islam politique sur son territoire, peuvent faire sourire de la part d’un État de plus en plus sans droit, elles annoncent toutefois un plus grand intégrisme et la culture de méfiance qui y est assortie. La guerre commerciale Canada-États-Unis fait voir Justin Trudeau sous ses meilleurs jours, mais saura-t-il demeurer à la hauteur ou le verrons-nous fléchir sous la pression des institutions financières? La popularité de la CAQ, qui ne semble pas vouloir s’estomper, laisse pantois comme si nous ne pouvions plus échapper à un retour en arrière comparable à l’Union nationale d’antan qui tout en nourrissant la ferveur nationaliste asservissait le Québec aux multinationales et au fédéral.

Ouf! Je suis dû pour un peu d’insouciance touristique qui prendra malheureusement fin demain avec mon retour au pays.