/news/politics
Navigation

La CAQ gênée par les affaires de Le Bouyonnec

Les libéraux et les péquistes se sont alliés pour tenter de faire tomber le président du parti de François Legault

Stéphane Le Bouyonnec
Photo d’archives Marc-André Gagnon Le chef de la Coalition avenir Québec François Legault accompagné de Stéphane Le Bouyonnec (à droite) lors du congrès national de la CAQ, en mai dernier.

Coup d'oeil sur cet article

À la veille de son bilan de fin de session, le parti de François Legault, qui mène dans les sondages, s’est retrouvé dans l’embarras en raison de l’implication du président de la CAQ, Stéphane Le Bouyonnec, dans une entreprise de prêts à hauts taux d’intérêt.

« Je crois que M. Legault devrait lui demander de partir de la présidence de la CAQ », a déclaré la ministre responsable de la Protection des consommateurs et de l’Habitation, Lise Thériault, après que notre Bureau d’enquête a fait la lumière sur les affaires que brasse M. Le Bouyonnec.

Le président de la CAQ, qui souhaite regagner son siège dans La Prairie, est aussi actionnaire et président, depuis mars 2017, du conseil d’administration d’une entreprise qui gère le site iCash, spécialisé dans l’offre de prêts privés à 90 % d’intérêt et plus aux Canadiens hors Québec.

Partout au Canada, sauf au Québec, puisque cette pratique est illégale depuis l’adoption, avec l’appui de la CAQ, d’une nouvelle législation encadrant les prêteurs sur salaire.

« Sur le dos du pauvre monde »

Selon la ministre Thériault, M. Legault a manqué de jugement en laissant le président de son parti faire « de l’argent sur le dos du pauvre monde ».

Au Salon bleu, la députée d’Anjou-Louis-Riel a d’ailleurs demandé depuis quand M. Legault était au courant des activités de M. Le Bouyonnec.

Toujours en chambre, le député péquiste Mathieu Traversy s’est mis de la partie en se joignant à Mme Thériault pour pourfendre M. Le Bouyonnec, parce qu’il a été condamné, en 2015, à payer une amende de 2000 $ pour avoir emprunté le titre d’ingénieur sur sa page LinkedIn sans être membre de l’Ordre.

Le Bouyonnec réplique à Éric Caire

Sur les ondes d’une station radio de Québec, le principal concerné a jeté de l’huile sur le feu en répliquant à Éric Caire, qui s’est pourtant porté à sa défense devant la presse parlementaire, jeudi matin.

« Sur les valeurs de la CAQ, M. Caire n’a pas de leçon à me donner. Je suis un vieux routier », a déclaré M. Le Bouyonnec, en entrevue au FM93.

Un peu plus tôt, devant les journalistes, « ce n’est pas les valeurs de la CAQ », a reconnu M. Caire, lorsque questionné à ce sujet.

Le député de La Peltrie a toutefois tenté de sortir le président de son parti de l’eau chaude, en faisant valoir que la loi québécoise vient tout juste d’être modifiée.

« L’encre n’est pas séchée encore. Il n’y a pas si longtemps, ç’aurait été légal au Québec aussi », a dit M. Caire, en parlant des affaires de son président.

Il liquide ses actions

Après avoir indiqué à notre Bureau d’enquête qu’il se donnait deux mois pour quitter l’entreprise controversée, M. Le Bouyonnec a annoncé, par voie de communiqué, son retrait de toutes ses fonctions au sein de Techbanx et la liquidation de toutes ses actions dans l’entreprise.

« C’est la chose à faire », avait indiqué en début de journée M. Caire.

« Test des valeurs de la CAQ : cela prendra-t-il trois ans pour expulser le candidat et le président de la CAQ Stéphane Le Bouyonnec ? » a soulevé la ministre Dominique Anglade, sur son fil Twitter.

Ce qu’ils ont dit...

« Je me suis impliqué au sein de la Coalition avenir Québec dès sa fondation. C’est un parti auquel je crois et pour lequel je souhaite poursuivre mon implication, d’abord comme président, puis comme candidat dans La Prairie. J’ai l’intention de continuer à servir le Québec et de ne pas me laisser distraire par les attaques des vieux partis. »

– Stéphane Le Bouyonnec, sur sa page Facebook

« Je suis inquiet, parce que le même candidat de la CAQ s’est déjà fait passer pour un ingénieur, alors qu’il n’en était pas un. Imaginez s’il se fait passer pour un banquier. »

– Mathieu Traversy, porte-parole du Parti québécois en matière de protection des consommateurs

« J’aimerais ça savoir depuis quand il [François Legault] était au courant que le président de son parti avait des intérêts dans une entreprise qui fait de l’argent sur le dos du pauvre monde. »

– Lise Thériault, ministre responsable de la Protection des consommateurs