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Travailler plus vieux pour éviter la pénurie de main-d’œuvre?

Le Québec a beaucoup à apprendre du Japon, selon l’économiste Pierre Fortin

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Photo Philippe Orfali À 73 ans, l’économiste Pierre Fortin est d’avis que le gouvernement de Philippe Couillard aurait dû agir depuis longtemps déjà pour renverser la tendance du sous-emploi des personnes âgées dans la province.

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Il n’y a pas que vers l’étranger que le Québec doit se tourner pour affronter la pénurie de main-d’œuvre, croit l’économiste Pierre Fortin. À 73 ans, l’homme est convaincu que davantage doit être fait pour maintenir les personnes âgées sur le marché de l’emploi.

Le chiffre frappe l’imaginaire : si les Québécois de 65 à 75 ans étaient proportionnellement aussi nombreux que les Japonais du même âge à demeurer sur le marché du travail, le Québec compterait pas moins de 260 000 travailleurs de plus.

« On ne peut pas arriver à ce résultat demain matin », reconnaît-il en entrevue au Journal.

Il s’agit d’un « énorme réservoir de main-d’œuvre potentielle », qui peut contribuer à « desserrer la pénurie de main-d’œuvre », dit le professeur émérite d’économie à l’UQAM.

Même une augmentation modeste du taux d’emploi des personnes âgées contribuerait à renverser la tendance de la pénurie de main-d’œuvre.

« La réalité, c’est qu’on a un problème de rétention des gens plus vieux au travail. »

Déjà à l’heure actuelle, près de 100 000 postes sont à pourvoir au Québec, alors que le taux de chômage est à seulement 5,4 %.

Au total, 40 % des Canadiens de 60 à 69 ans sont sur le marché du travail, contre 34 % au Québec.

Essoufflement

Ces différents facteurs ont largement contribué, depuis 2010, à l’essoufflement de l’économie québécoise, conclut la 2e édition de l’Indice de la santé de l’économie du Québec, dont les résultats ont été rendus publics cette semaine. M. Fortin a contribué à l’étude.

Cet indice tient compte de 26 différents facteurs, tant démographiques qu’économiques, pour évaluer la performance économique de la province.

Un constat s’impose : après des décennies de croissance soutenue (malgré deux récessions), l’économie québécoise tourne quelque peu au ralenti depuis le début de la décennie.

« C’est une tendance lourde et il va falloir beaucoup d’efforts pour y remédier. Pour ça, il faut encourager les personnes plus âgées à rester en emploi, mais aussi encourager les jeunes à poursuivre leurs études », signale celui qui pilote l’indice, Alain Robichaud, consultant en services-conseils chez PwC Canada.

Pour remédier à la situation, le gouvernement Couillard a présenté sa nouvelle stratégie sur la main-d’œuvre, le mois dernier. Une mesure attendue depuis des lustres par M. Fortin.

Investissements à venir

Québec va investir 874 millions $ de plus sur cinq ans pour encourager la diplomation, le maintien des travailleurs âgés et l’accès au marché du travail par les personnes immigrantes.

De cette somme, environ 200 millions $ sont réservés aux immigrants, afin qu’ils soient au moins aussi nombreux à travailler au Québec (actuellement à 60,6 %) qu’au Canada (64 %).

Si on tient compte des engagements déjà pris, le gouvernement consacrera près de 1,3 milliard pour résorber la pénurie de main-d’œuvre.