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Héroïne dans l'ombre

Héroïne dans l'ombre
Photo d'archives Agence QMI, JOEL LEMAY

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J’hésitais à titrer ma chronique ainsi, je craignais que le lecteur confonde mon titre avec la consommation de narcotiques, car c’est plutôt d’une femme d’exception que je veux vous entretenir, en l’occurrence la présidente sortante de la CSQ, Louise Chabot. Après 43 ans de carrière émaillée dans les services publics à diverses fonctions, la présidente de la CSQ entamait hier son dernier congrès après plus de 30 ans dans l’organisation.

Sa dernière allocution d’ouverture, en quelque sorte son testament politique, aura été très peu relayée dans la sphère médiatique malgré la richesse du propos. Un peu comme si les grandes entreprises de presse québécoises voulaient donner raison au fondateur et rédacteur en chef de l’Aut’Journal, Pierre Dubuc, qui était honoré par la CSQ et qui déplorait le mutisme de celles-ci sur des enjeux sociaux. En effet, les médias ont fait peu de cas des adieux de Louise Chabot et de son appel à la solidarité de tous les groupes progressistes pour mettre fin aux affres du néolibéralisme et recommencer à construire une société plus égalitaire.

L’infirmière de Trois-Rivières n’avait sûrement pas envisagé de se retrouver un jour présidente de la CSQ, une centrale qu’on associe principalement à l’éducation et souvent, plus particulièrement aux enseignants, lorsqu’elle a débuté dans la profession. C’est un long cheminement syndical, après quelques années de pratique de sa profession, qui l’a menée vers la sommet après avoir été présidente de son syndicat, avoir créé une fédération dont elle a assumé la présidence, avoir été vice-présidente de la CSQ pour finalement en prendre les rênes en 2012. Sa simple accession à cette fonction, dans le repli corporatisme que nous observons depuis quelques années, reflète les qualités extraordinaires de la dame. L’infirmière provenant d’un groupe minoritaire au sein de la CSQ a su ravir les cœurs de toutes ses composantes et s’imposer comme leader même au sein des fédérations du secteur de l’éducation.

Son parcours et son expérience ajoutaient à la crédibilité de l’appel au rassemblement adressé aux autres centrales et aux fédérations syndicales présentes à l’ouverture du congrès. À l’heure où, dans plusieurs pays occidentaux, les groupes de travailleurs les mieux nantis ont tendance à abandonner les centrales multi-catégorielles pour se regrouper sur une base corporatiste et laisser à eux-mêmes les travailleurs moins privilégiés, le rappel de son cheminement personnel et de son choix affirmé en 1988 pour joindre une centrale et sortir du syndicalisme corporatiste faisait bon à entendre. Elle a compris depuis longtemps que ce n’est pas dans le repli sur soi qu’elle pouvait contribuer à l’édification d’une société plus juste et au renforcement des conditions de vie du groupe dont elle émanait. Outre l’égoïsme que cela démontre, c’est une fausse solution de croire pouvoir améliorer son sort en désertant des organisations qui ont à cœur des intérêts plus larges visant à assurer le bien-être de l’ensemble des travailleurs, et plus encore, des citoyens.

La présidente Louise Chabot a entretenu les congressistes sur les heures difficiles que vit le syndicalisme avec des gouvernements fidèles à l’idéologie néolibérale et au service des plus riches en sabrant dans les droits sociaux et syndicaux depuis belle lurette. Nous pouvions sentir son envie d’indiquer une voie plus prometteuse pour les prochaines élections québécoises malgré la retenue commandée par le caractère non-partisan de l’implication politique de la CSQ souhaité par les membres. Un douloureux paradoxe vécu par celle-ci tout au long de ses 30 années d’implication à la CSQ, alors que les membres ont des attentes élevées en matière de conditions de travail et des exigences de résultats dans les négociations sans toutefois se soucier d’élire un gouvernement aux objectifs contraires aux ambitions qu’ils commandent à leurs leaders syndicaux. Demeurant fidèle aux encadrements fixés par les instances, elle a toutefois invité les officiers locaux à influencer leurs membres dans leurs choix électoraux en faisant appel à des efforts de cohérence.

Une femme de réflexion, une femme de rigueur et une femme d’action, Louise Chabot avait cette faculté de rebondir même dans les périodes les plus sombres. Pour l’avoir côtoyée pendant que j’assumais la présidence de la centrale, je peux témoigner de sa capacité à prendre soin de son entourage et de son ambition à répandre le bonheur dans tous les foyers.

Bonne retraite Louise, tout en souhaitant que le Québec ne soit pas privé trop longtemps de ton engagement pour la justice sociale.