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Comment osez-vous ?

Comment osez-vous ?

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Le spectacle SLAV a été annulé par les organisateurs du Festival de jazz à cause des protestations à caractère raciales.

Une grave erreur cette annulation – sans compter les excuses infâmes d’Evenko - même si, à première vue un effort aurait pu être fait pour inclure plus d’artistes noirs dans le spectacle.

Mais encore. Betty Bonifassi et Robert Lepage ont voulu révéler un coin oublié de la culture occidentale, les chants des esclaves, sans aucune malice, ni racisme, ni mépris, ni exclusion volontaire.

Leur but était de diffuser, faire connaitre, faire aimer et faire respecter une œuvre qui appartient à l’humanité entière, tout en faisant œuvre de mémoire.

Pourquoi sont-ils mis au pilori ? Pour ne pas porter ombrage à la réputation du Festival de jazz de Montréal, une très grosse business pour Evenko ?

Ces accusations d’appropriation culturelle ne valent rien. Des Blancs peuvent moralement interpréter des chants d’esclaves noirs. Des Blancs peuvent moralement écrire des romans sur la vie autochtone. Des Gentils peuvent moralement jouer le rôle du Juif Shylock dans Le marchand de Venise de Shakespeare. Gustave Flaubert était dans son plein droit moral d'écrire Madame Bovary

Prétendre le contraire c'est renier ce que l'humanité a d'universel. C'est un cul-de-sac vaseux.

Honnêteté artistique

Si le travail est fait dans le respect de l’esprit de l’œuvre, sans manipuler la réalité qu’elle dépeint, les artistes doivent demeurer libres de se l’approprier en tant qu’expression créative. Point à la ligne.

Mais qui se plaint ? Une jeunesse de gauche, surtout anglophone, inculte, ignorante, abreuvée de l’antiracisme radical ‘séparatiste’ né aux États-Unis où les conflits raciaux font partie du quotidien. Où rien ne semble vraiment s’améliorer pour les Noirs dont on sent la colère monter, surtout avec un président raciste. Mais comment peut-on croire que de pratiquer une discrimination inversée qui repose sur des mensonges finira par rapprocher les êtres ?

Et puis, nous ne sommes pas aux États-Unis. La différence est de taille.  

On a beaucoup parlé de l’esclavage en Nouvelle-France au cours des derniers jours pour justifier la colère des manifestants.

Voici la vérité: entre 1671-1834, il y avait 1 400 esclaves africains en Nouvelle-France. Aux États-Unis, au même moment, un demi-millions d’esclaves africains vivaient dans les 13 colonies.

Comment peut-on oser comparer ?  

Ici, des policiers trop nerveux n’abattent pas de jeunes noirs innocents à toutes les semaines. Des hystériques n’appellent pas la police quand une petite fille vend des bouteilles d’eau froide devant chez elle pour financer un voyage à Disney ou qu'un garçon tond les pelouses pour gagner des sous l'été.

Il y a des masses de Canadiens et de Québécois racistes, comme il y a des masses de racistes chez tous les peuples. Esclavage et cruauté ne sont pas l’apanage des Blancs : nous apprenions cette semaine que depuis un an, l’Algérie a abandonné 13 000 migrants africains dans le désert du Sahara sans eau ni nourriture. Que dire des marchés aux esclaves en Libye ?

Va-t-on pour autant laisser la bigoterie dicter notre conduite ?

Jusqu’où ira cette folie d’appropriation culturelle ?

Scarlett Johansson va jouer le rôle d’un homme transgenre dans son prochain film. Déjà, des transgenre américains se mobilisent pour empêcher cela car, croient-ils, seul un trans devrait pouvoir jouer un trans.

Je revoyais récemment le très beau film Philadelphia. Devrait-on dire que Tom Hanks a mal agit en acceptant de jouer le rôle d’un sidéen ? Qu’il n’aurait pas dû recevoir un Oscar pour s’être mis dans la peau d’un malade qu’il n’était pas ?  

Interpréter, jouer, chanter, danser, c’est souvent exprimer à sa façon les sentiments d’un autre créateur. Personne ne devrait pouvoir s’immiscer dans ce partage artistique armé d'un badge aux couleurs d'une idéologie politique réductrice.