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Cette peur de débattre

Cette peur de débattre

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L’annulation des représentations de la pièce Slav de Robert Lepage a été le prétexte d’un bon échange entre l’animateur Yannick Marceau, qui occupe le poste de morning man pendant les vacances de Dominic Maurais à Radio X, et Webster rappeur noir bien connu à Québec. (Je précise « noir » parce que c’est ce pourquoi il a été invité à l’émission.)

La longue entrevue me faisait réaliser qu’à notre époque où l’on veut un consensus à tout prix, il est de plus en plus rare d’entendre des échanges ou deux personnes d’avis différent peuvent présenter leurs meilleurs arguments et ne se sentent pas l’obligation d’être d’accord au final.

Généralement, la radio qui parle nous présente des animateurs ayant des certitudes qu’ils vont renforcer avec des invités avec qui ils sont d’accord ou avec des invités dont ils ne partagent pas le point de vue mais qu’ils vont utiliser pour renforcer ce qu’ils pensaient déjà.

Ici, Marceau est pleinement conscient que les auditeurs de l’émission du matin à Radio X sont majoritairement contre l’annulation de la pièce et ont peu de temps ou de patience pour les longues réponses d’une entrevue lente.

Par contre, Webster est un bon communicateur qui sait très bien utiliser la tribune qui lui est offerte en prenant un ton posé, en tentant à quelques occasions de susciter la sympathie de l’animateur en l’appelant « bro » et en ne se laissant pas bousculer. Il y a plusieurs « laisse-moi le temps de finir ». L’expérience médiatique paraît!

Dans toute cette saga d’appropriation culturelle (ou pas) dont on accuse Robert Lepage et les organisateurs du Festival de Jazz de Montréal, j’ai surtout vu, lu et entendu plein de monde n’ayant aucun lien avec la pièce ou le sujet, ce qui ne les empêche pas pour autant de donner leur opinion haut et fort par ailleurs.

Avoir en studio pendant plus de 20 minutes un artiste noir, qui a été consulté en cours de production, et qui par surcroît s’intéresse à l’histoire des noirs et à l’esclavagisme au Québec est certainement de nature à offrir un éclairage souhaitable dans ce débat où l’on avait déjà trop entendu ceux qui s’indignent d’abord et s’informent après.

Je dis simplement qu’il est pas mal mieux placé que la plupart d’entre nous pour aborder le sujet.

Dans cette entrevue, Marceau a fait tout ce qu’il pouvait pour sortir son invité de sa zone de confort.

C’était sa job.

Webster, sachant déjà qu’il s’engageait sur un terrain miné, y est allé avec prudence et contrôle.

C’était sa mission.

Quand deux interlocuteurs échangent sur leurs convictions profondes, le résultat ne s'évalue pas en victoire ou défaite.

On souhaite mieux comprendre les tenants et aboutissants d’un sujet.

C’est ce qui s’est passé ici.

En ce sens, à l’approche de la prochaine campagne électorale, je fais partie des naïfs qui croient que les candidats seront articulés et pourront faire mieux que déballer les inepties que leur imposent leurs partis et que les animateurs sauront aller au-delà de leurs convictions.

Laissez-moi mes illusions.