/opinion/blogs/columnists
Navigation

SLÃV ou vendre son âme

ART-CALL M�DIA POUR LE SPECTACLE SLAV
Photo Agence QMI, Dario Ayala

Coup d'oeil sur cet article

Malgré son annulation injustifiée par les autorités du Festival de jazz (FIJM), le spectacle SLÃV continuera encore longtemps à faire jaser dans les chaumières québécoises en soulevant l’indignation des uns et des autres sans que ce soit nécessairement pour les mêmes raisons. Entre les dénonciations de censure et les accusations d’appropriation culturelle, la vérité s’avère peut-être qu’une stricte question de gros sous.

Selon les chiffres rapportés par Vincent Brousseau-Pouliot de La Presse, le FIJM est le festival aux retombées économiques les plus importantes parmi l’ensemble des évènements d’envergure produits au Québec. Encore plus significatif, 60% de ses retombées seraient attribuables aux touristes hors Québec. Avec de telles données, il est facile de deviner l’extrême sensibilité des autorités du FIJM à la controverse et manifestement plus lorsque des jazzmans américains, si peu illustres qu’ils soient, s’en mêlent. Préférant préserver ses recettes devant les tollés d’une minorité locale et les sautes d’humeur d’étrangers qui confondent le traitement des Noirs au Québec avec celui fait aux États-Unis, le FIJM s’est dégonflé en manifestant peu de considération pour la majorité des Québécois.

Nous aurions pu croire qu’un organisme sans but lucratif (OSBL) subventionné par le gouvernement québécois et qui ne s’inscrit pas dans une quête effrénée de profits soit plus soucieux de préserver les valeurs qui nous sont chères comme la liberté de création et d’expression. Malheureusement, et comme dans beaucoup d’autres OSBL, les dirigeants de ces organismes profitent de juteux émoluments qui les incitent à l’à-plat-ventrisme devant les risques à la réputation de leur vache à lait. En voulant se préserver un petit nid douillet, les Simard et compagnie ont trahi les valeurs du Québec et, pis encore, fermé la porte à une conversation qui aurait pu s’avérer bénéfique pour la compréhension mutuelle.

Le FIJM peut croire avoir sauvé les meubles à court terme, mais sa pleutrerie ne peut que laisser un goût amer et nous entrainer à souhaiter que le gouvernement du Québec lui coupe les vivres pour son insolence à l’égard de la majorité de la population. Il faudra tout de même que la conversation avortée puisse avoir lieu pour se rappeler que l’art est universel et que la création ne saurait se restreindre à la ghettoïsation d’une appartenance ethnique.

Robert Lepage et Betty Bonifassi se classent dans l’intangible de l’universel et ont été traités injustement par une caste minoritaire fondée sur une rectitude politique reposant sur de fausses prémisses. Le Québec n’est pas les États-Unis, tant au plan du racisme que du traitement de ses minorités, et la turbulence des derniers jours n’avait pas sa raison d’être.

L’inclinaison des uns à se comporter en victimes ne devrait en aucun cas constituer l’étalon du comportement à adopter pour la majorité des citoyens!