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Censurer pour discuter? Non merci.

Censure
Le Journal de Québec

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Ailleurs qu’à Montréal, la pièce SLAV sera présentée au Québec. À St-Jérôme, à Québec et un peu partout en province.

On le félicitera. Le groupe Diffusion En Scène a confirmé que la pièce de Robert Lepage et Betty Bonifassi serait présentée dans plusieurs régions du Québec l’hiver prochain. Il semble bien que ceux qui militent pour que cette pièce soit censurée devront parcourir des centaines de kilomètres pour tenter de faire obstacle aux créateurs et au public.

Cela n’arrivera pas, c’est l’évidence.

C’est qu’en dehors de ce très petit îlot montréalais autour de l’UQAM et de Concordia,  on trouvera peu de gens pour soutenir le bannissement de la pièce de Robert Lepage. Autre signe que Montréal se sépare, petit à petit, du Reste of Québec.

La fracture est, par un cas comme celui de SLAV, nettement révélée. Si la «gauche inclusive» réussit à trouver des appuis au sein des médias de Montréal, là où l’on traite de ses lubies avec complaisance, c’est plus compliqué ailleurs au Québec.

C’était hallucinant d’entendre le rappeur Webster, à l’émission Le beau dimanche cette semaine, décliner que l’annulation du spectacle SLAV était non seulement souhaitable, mais que cela devrait être la prémisse d’une discussion à venir.

Censurer pour discuter.

Et devant lui, des animateurs béats, personne (Denoncourt, timidement) pour offrir une répartie qui épouserait les très nombreuses prises de position de divers intervenants artistiques qui condamnent cette censure, lesquels insistent, le plus souvent, sur la liberté essentielle et fondamentale des créateurs au sein du processus créatif.

C’est que cette «gauche inclusive» est fort bien accueillie et représentée dans la Grande Tour à Montréal. Existe-t-il un seul de ses militants, représentants, qui n’y aient pas tribune? Ça aussi on devrait y porter attention. À bien des égards, le diffuseur public se sépare de la population du Québec...

L’idéologie «inclusiviste»

Cette «gauche inclusive» milite, elle travaille fort pour légitimer son idéologie. Pourtant, il y a beaucoup à questionner et à débattre. Dommage que cette gauche n’aime pas débattre. Elle préfère la confrontation, l’injonction et le recours à la censure.

L’historien Éric Bédard a justement posé quelques questions pertinentes à propos de la démarche de ceux qui ont réussi à faire annuler la pièce de Lepage et Bonifassi.

«La liberté académique devrait être aussi importante et sacrée que la liberté artistique...»

Pour comprendre comment une frange radicale de cette gauche est allergique à la liberté d’expression, il faut revenir à cette expérience intéressante et révélatrice menée à l’UQAM par quelques professeurs afin de tester les limites de cette liberté et la tolérance envers des discours contraires aux valeurs de cette gauche.

Les professeurs font imprimer deux affiches qui proposent des discours opposés. L’une annonce une conférence afin de discuter du nationalisme identitaire québécois, l’autre la formation de comités populaires en appui au vandalisme de petits commerces bourgeois. Les professeurs ont été soufflés du résultat de leur expérience.

Aucune réaction envers le discours d’extrême gauche. Mais tout un tollé quant à la seule proposition de débattre des enjeux tels que seuils d’immigration, accommodements religieux, francisation, etc. La seule mention qu’une telle conférence puisse se tenir à l’UQAM provoquera une déferlante de commentaires haineux et la montée aux barricades d’une petite frange radicale de l’extrême gauche. Assez pour forcer l’annulation de l’événement avant même qu’il soit annoncé.

Le professeur Normand Baillargeon s’inquiétera de l’état de la liberté d’expression au sein de nos universités quand celles-ci sont à la merci des diktats de quelques radicaux qui en mènent trop large. Car c’est bien de ça qu’il s’agit. Dans le cas de la conférence annulée à l’UQAM, une cinquantaine d’étudiants radicalisés réussiront à faire adopter des résolutions menant à l’annulation d’une discussion dont le seul tort est qu’elle n’épouse pas le discours que préconise cette gauche radicalisée. Des résolutions qui impliquent ensuite plus de 40 000 étudiants.

Du pur délire.

Dans le cas de SLAV, une infime minorité, bruyante, militante, radicalisée, a réussi à imposer sa volonté. Pour le faire, elle a pu compter sur quelques complaisances au sein d’une élite média-politique montréalaise dont les accointances avec ce discours inclusiviste n’est plus à démontrer.