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«Philou» Couillard, vous connaissez?

Le premier ministre Philippe Couillard est en entrevue avec Marie-Lyne Joncas dans le cadre du Zoofest
Photo Agence QMI, PHILIPPE-OLIVIER CONTANT Mme Marie-Lyne Joncas aux côtés du premier ministre du Québec, Philippe Couillard.

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Heureusement pour le premier ministre, son nouveau petit nom de baptême que lui a donné l’humoriste Marie-Lyne Joncas – soit «Philou» au lieu de Philippe -, commence bien par un «Ph» et non pas par un «F»...

«Philou» Couillard, c’est donc la version sucrée, si vous préférez, qu’il a tenté lui-même de projeter ce mardi soir dans le cadre d’une longue entrevue «non politique», au Zoofest de Montréal.

Ce genre d’opération de marketing politique est un grand classique. Et ce, que les sondages soient ou non cléments pour le chef politique du jour.

À quelques semaines du déclenchement du scrutin du 1er octobre, l'apparition de Philippe Couillard au Zoofest s'inscrit tout simplement dans cette bizarre de tradition, ou rituel, des temps modernes.

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Tenez, se disent les conseillers du premier ministre du jour, essayons donc d’«humaniser» le chef en l’amenant sur un plateau de télé ou de théâtre où il pourra éviter tout questionnement sur ses politiques tout en faisant rire l’auditoire...

Le chef en question y va alors de petites anecdotes savoureuses. Il confie quelques habitudes de son épouse. Il parle de ses enfants ou de ses petits-enfants, s’il en a. Il parle de ses loisirs. Etc.

Le tout, toujours, en éclatant de rire. Il en fut donc ainsi pour Philippe Couillard.

Et ça tombe bien. Au Québec on aime ça rire de tout. On en a même fait une méga industrie. Du pain et des jeux, ça passe toujours mieux.

Or, désolée de casser un brin le party, mais même si cette tactique de marketing politique est aussi vieille, ou presque, que la télé, comme analyste, elle m’agace profondément. Ce genre d’exercice est de la politique-spectacle, point.

De fait, ce genre d’exercice vise avant tout à manipuler l’opinion publique en créant une confusion troublante des genres.

Ainsi, au lieu de s’expliquer sur ses politiques – la raison pour laquelle il gouverne et voudrait pouvoir continuer à le faire -, le chef politique du jour bifurque vers la sphère privée dans un but établi de se rendre plus «sympathique».

Le problème?

C’est que tous les chefs de gouvernement, à quelques exceptions  près, sont des personnes bien sympathiques dans le privé, mais la politique est du domaine public.

On veut donc entendre les chefs sur les enjeux de société, pas sur la pêche au saumon ou sur ce qu’ils font avec leur IPhone.

Une ou un chef de gouvernement peut bien être surnommé affectueusement «mon nounours» ou «ma chouette d'amour» par sa ou son conjoint, très franchement, en tant que citoyens et électeurs, cela ne nous regarde pas.

Qu’il aime raconter des blagues, bonnes ou mauvaises, encore moins.

Prenez l’exemple-type : Jean Charest. Oui, Jean Charest.

L’homme, c’est connu, est drôle comme un singe et sympathique comme ça se peut  même pas. Cela n’a toutefois aucune importance.

Ce qui compte est de savoir que comme premier ministre du Québec de 2003 à 2012, son héritage politique, y compris ce lourd nuage perpétuel de soupçon de corruption au-dessus du PLQ, est fort peu édifiant. Et ça, c'est passablement moins drôle et pas sympathique du tout.

Évidemment, faire rire la galerie en prenant un air vachement décontracté, c’est pas mal plus reposant pour un premier ministre que d’avoir à expliquer pourquoi diable son gouvernement fait maintenant face à un éventuel recours collectif pour maltraitance des personnes âgées et/ou handicapées résidant en CHSLD...