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Le trouble-fête de l’OTAN

Donald Trump
Photo AFP Donald Trump

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Même si le communiqué final du sommet de l’Alliance atlantique réitère l’engagement des alliés envers la défense commune, le président Trump a ouvert une brèche qui laisse planer le doute sur l’engagement américain envers leurs alliés.

Avant même de s’envoler pour Bruxelles, Donald Trump donnait le ton en martelant son intention de presser les alliés pour qu’ils augmentent leurs budgets de défense.

En soi, ce genre de grief de la part des Américains n’est pas nouveau, mais l’insistance du président actuel à enfoncer ce clou dépasse de loin les demandes de ses prédécesseurs.

En fait, Trump donne tous les signes qu’il cherche à alimenter une crise dans l’Alliance atlantique, ce qui suscite bien des spéculations sur ses motifs.

Racket de protection

Ce qui étonne avec l’attitude de Donald Trump face à l’OTAN est son apparente ignorance totale de l’importance historique d’une Europe unie et d’une alliance forte pour la sécurité des États-Unis.

On croirait que Trump imagine l’OTAN comme un « racket de protection » que les États-Unis fournissent aux Européens. Ainsi, puisque les Européens ne dépensent pas suffisamment, ils accumulent une dette envers les États-Unis qu’il faut « collecter » à coup de menaces et de sanctions commerciales.

Contrairement à ses prédécesseurs, qui n’ont jamais remis en cause l’obligation de défense commune, Trump répète constamment, surtout devant ses partisans, qu’il pourrait refuser de défendre les alliés qui ne paient pas ce qu’il considère leur juste part.

Trump refuse de déclarer victoire

Comme au G7 à Charlevoix, Donald Trump n’avait pas l’air de s’amuser à Bruxelles. Peu importe que le communiqué final soit optimiste et lui donne raison sur l’augmentation des budgets militaires. Ce qui compte pour lui est de projeter l’image de celui qui brasse la cage.

Trump a donné le ton dès le petit-déjeuner en haranguant le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, au sujet des achats de gaz naturel de l’Allemagne en Russie.

Pourquoi défendre l’Allemagne contre les Russes, s’interroge Trump, si elle envoie des milliards en Russie (et pas aux États-Unis) ? Et pourquoi les Américains devraient défendre ceux qui ne consacrent pas 2 % de leur PIB en dépenses militaires ?

Stoltenberg a beau répliquer que le 2 % est un objectif pour 2024 et complimenter Trump en le disant responsable d’une accélération de cet engagement, Trump refuse de déclarer victoire. Il a même laissé entendre qu’il souhaiterait plutôt une cible totalement irréaliste de 4 %. Bref, il ne sera jamais satisfait.

Pourquoi entretenir la crise ?

Deux hypothèses pourraient expliquer ce qui semble être une volonté de Trump d’entretenir les tensions entre alliés.

On pourrait supposer que les alliances, comme le commerce, doivent être une source constante de récrimination, ce qui lui permet d’entretenir la fièvre isolationniste de ses partisans qui se gargarisent du slogan « America First ».

Une hypothèse moins généreuse serait qu’il joue le jeu de Vladimir Poutine, celui-là même qui a facilité sa victoire électorale en 2016 et dont les multiples liens financiers et autres avec Trump ouvrent la porte à toutes les spéculations.

Une hypothèse n’exclut pas l’autre et le sommet d’Helsinki lundi prochain n’apportera probablement pas de réponses claires, car l’essentiel s’y déroulera derrière des portes closes.