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Condamné pour diffamation, le blogueur Magnan doit verser 60 000 $ à la militante Dalila Awada

Philippe Magnan
Photo d'archives TVA Nouvelles Philippe Magnan

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MONTRÉAL | Le blogueur Philippe Magnan responsable du site «Poste de veille», a été condamné à verser 60 000 $ plus intérêts et frais de justice à la militante féministe Dalila Awada pour les torts qu’il a causés à cette dernière en la diffamant à répétition dans ses publications sur internet.

Les gestes qui étaient reprochés à Magnan remontent à l’époque où le débat sur la charte des valeurs battait son plein au Québec, notamment après la participation de Mme Awada, en septembre 2013, à l’émission Tout le monde en parle où elle avait défendu le droit des femmes à porter le voile. Magnan, un fervent défenseur du projet de la charte de la laïcité, avait alors commencé à publier des informations et vidéos associant Mme Awada à une mouvance islamiste chiite qu’il jugeait dangereuse.

Plusieurs écrits et vidéos attaquant Mme Awada ont été diffusés par Magnan sous différents noms.

Faisant valoir les impacts très négatifs du comportement de Magnan sur sa réputation et sa vie privée , Mme Awada, qui nie toute allégeance ou collaboration avec des groupes islamistes, a décidé de poursuivre le blogueur pour 70 000 $ en dommages moraux et 15 000 $ à titre de dommages punitifs, soit un peu moins que ce que la Cour supérieure du Québec lui a accordé plus tôt cette semaine, soit 50 000 $ pour dommages moraux et 10 000 $ pour dommages punitifs.

«La réaction négative a été très forte envers Awada tant sur internet que dans sa vie personnelle, peut-on lire dans le jugement de la cour. Ses relations interpersonnelles ont été altérées. Des personnes ont pris des distances avec elle. [...] Awada, souvent sollicitée par les médias pour discuter du voile ou d’autres sujets, a vu se tarir ses contacts. Elle a abandonné ses études pendant un an, étant très affectée et humiliée par ces propos. Elle a ressenti de la peur après avoir été interpellée par des inconnus de façon négative sur la voie publique ou dans des événements publics.

Au cours du procès, Magnan a tenté de faire valoir son droit à la liberté d’expression, mais, a écrit la juge Carole Julien dans sa décision, «les actions de Magnan n’ont rien à voir avec la liberté d’expression garantie par la Charte [des droits], mais participent au contraire de la faute civile».

«Le débat public sur le PL 60 [projet de charte des valeurs] et sur les droits et devoirs des citoyens du Québec et du Canada, qu’ils soient nés ici ou qu’ils aient choisi de s’y installer, est un débat qui doit se faire dans le respect des personnes et avec un minimum de civilité, souligne la juge. C’est ce que Magnan n’a pas su faire. Ce faisant, il a causé un tort irrémédiable à Awada et en a fait un objet de ridicule et de suspicion. Elle méritait mieux.»

Magnan a 30 jours à compter de la date du jugement (rendu le 10 juillet) pour payer à Dalila Awada les sommes pour lesquelles il a été condamné.