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Ces parents d'enfants disparus
n'abandonneront jamais
Ils n’acceptent pas que leur enfant puisse être mort, même après des années d’absence

Des dizaines de parents de jeunes disparus depuis des semaines, des années ou même des décennies, refusent de croire que leur enfant puisse être mort. L’espoir qu’ils nourrissent de le retrouver vivant, aussi mince soit-il, leur permet d’affronter ce supplice.

Cauchemar pour des dizaines de familles

L’inébranlable conviction affichée par les proches du petit Ariel, dont on est sans nouvelles depuis la mi-mars à Montréal, a ému tout le Québec, mais est aussi venue rappeler que l’espoir est souvent la seule bouée pour les parents d’enfants disparus.

D’autres familles éprouvées par la disparition d’un enfant ont récemment confié au Journal fort bien comprendre la réaction des parents d’Ariel Kouakou qui refusent de baisser les bras après six semaines de recherches.

Dans certains cas, elles gardent espoir depuis des années. Et elles déclarent qu’elles n’abandonneront jamais.

Sans preuve, sans corps, impossible pour elles de faire leur deuil.

Certains parents d’enfants disparus depuis des années posent encore des affiches ou rêvent au retour de leur enfant durant la nuit.

«Sans cet espoir, il n’y a pas de vie, explique Pina Arcamone, du Réseau Enfants-Retour, qui en a connu des dizaines. Si on abandonne ce rêve, quelque part, c’est comme abandonner notre enfant.»

«Inimaginable»

«Je l’affirme avec force, oui, il est encore en vie, lance Kouadio Frédéric Kouakou, le père du garçon de dix ans. C’est ça qui nous tient dans un combat : l’espoir. Parce qu’on sait qu’Ariel reviendra.»

En février dernier, c’était la mère de David Fortin, disparu en 2009, qui affirmait attendre encore que son fils rentre à son domicile d’Alma, au Lac-Saint-Jean. Le jeune homme a – ou aurait – aujourd’hui 23 ans.

Des dizaines de familles québécoises vivent un cauchemar comparable à celui vécu par ces parents.

À l’heure actuelle, les proches d’au moins 33 jeunes disparus tentent de les retrouver, parfois depuis des mois, voire des années, selon l’organisme Enfants-Retour. « C’est inimaginable ce que vivent ces familles, affirme Pina

Arcamone. Elles se lèvent et se recouchent tous les jours en se posant la même question qui n’a pas de réponse. »

Dans leur intimité

Au cours des derniers mois, Le Journal est allé rencontrer certaines de ces familles courageuses et meurtries. Parmi celles-ci :

  • La mère et la sœur du petit Sébastien Métivier n’ont jamais arrêté d’afficher des photos de celui qui est disparu à Montréal, il y a 33 ans.
  • Le père de Julie Surprenant se permet parfois de rêver que sa fille réapparaît.
  • La mère de Mélina Martin, qui s’est évaporée dans la nature à 13 ans en 2005, croit que sa fille est toujours en vie.
  • La famille de Marilyn Bergeron cherche encore et toujours des réponses pour expliquer sa disparition mystérieuse survenue à Québec, il y a 10 ans.

Courage

Le «courage» de ces parents incite chaque jour l’équipe du Réseau Enfants-Retour à poursuivre sa mission, souligne Mme Arcamone.

«Ce sont des êtres humains extraordinaires que j’admire beaucoup. Ils font preuve d’une résilience qu’on ne voit pas souvent», dit-elle.

Après 33 ans, «il n’est pas encore revenu de son cours»
photo ben pelosse
Plus de 30 ans après la disparition de Sébastien Métivier, sa mère Christiane Sirois et la sœur du disparu, Mélanie, posent toujours des affiches avec sa photo dans les rues entourant le lieu de sa disparition dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal.

Plus de 33 ans. Plus de 12 000 jours que Christiane Sirois cherche, avec sa fille Mélanie, son garçon Sébastien Métivier, kidnappé en novembre 1984. Encore aujourd’hui, elles affichent des photos du disparu dans le quartier où il a été enlevé, dans l’espoir de recevoir l’ultime indice qui les mènera à lui.

«Tu vas voir mon frère un peu partout», avertit Mélanie, qui conduit la voiture nous menant à l’église du Très-Saint-Nom-de-Jésus dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal.

C’est le dernier endroit où le garçon de 8 ans a été vu, le soir du 1er novembre 1984.

Sur le chemin, plusieurs affiches collées sur les poteaux ont été arrachées, constatent la mère et la fille.

«Je te l’avais dit, il va falloir en remettre», dit Christiane Sirois, assise côté passager.

Triple disparition

L’église est située à 100 pieds de l’appartement où Mme Sirois venait de déménager avec ses deux enfants de 7 et 8 ans, à l’intersection de la rue Adam et de l’avenue Desjardins.

Le soir de la disparition de Sébastien, Mme Sirois avait accepté qu’il suive un atelier de bricolage au sous-sol de l’église.

«Sébastien, il n’est toujours pas revenu de ce cours-là», affirme Mme Sirois.

Son garçon est disparu en même temps que son ami Wilton Lubin, 12 ans, qui a été retrouvé un mois plus tard dans le fleuve. Il avait été étranglé et avait eu la gorge tranchée.

Un peu plus tôt dans la même journée, un autre garçon avait été kidnappé à Montréal. Le corps du petit Maurice Viens avait été retrouvé cinq jours plus tard dans une grange. Il avait été battu et agressé sexuellement.

Amère

«S’ils avaient fait leur job comme il faut dans les 30 premiers jours, peut-être que c’est Sébastien qui vous parlerait aujourd’hui», croit Mme Sirois.

Trois décennies plus tard, elle demeure amère que les policiers aient cru à une fugue dans les premières semaines de la disparition.

Une thèse et des doutes

L’enquêteur qui a repris le dossier il y a quelques années a informé Mme Sirois qu’il serait bien possible que Jean-Baptiste Duchesneau, un Montréalais condamné pour des crimes violents sur des enfants, qui s’est suicidé en prison en 1993, soit impliqué dans la disparition de Sébastien.

Une thèse dont doute fortement la mère du disparu.

Le criminel, qui habitait à quelques rues de chez elle au moment du drame, s’est violemment enlevé la vie la veille de passer le polygraphe concernant cette histoire.

«On a arrêté de vivre»

La mère et la soeur de Sébastien, profondément marquées par le drame, se sentent «abandonnées», «oubliées».

«Moi pis Mélanie, on a arrêté de vivre le 1er novembre 1984», confie la mère de 60 ans. Elle nourrit l’espoir que son fils soit vivant.

«C’est trop simple et trop facile de déclarer sa mort. Je ne baisserai pas les bras tant que je n’en aurai pas la preuve hors de tout doute», dit-elle.

«Je ne voudrais pas avoir le sentiment d’abandonner mon enfant, même s’il est rendu adulte. Il a 42 ans quand même aujourd’hui», fait-elle remarquer, en parlant de lui au présent.

Mélanie, qui avait 7 ans le 1er novembre 1984, attend toujours son petit frère. «Le jour où il sera retrouvé], je vais arrêter d’attendre. J’ai toujours l’impression qu’il me manque quelque chose», confie la femme de 40 ans.

Le père de Cédrika a pu
enfin vivre son deuil
photo Sophie Côté
La mémoire de Cédrika est bien présente chez son père, Martin Provencher, qui a notamment reçu ce portrait de sa fille en cadeau.

Pour le père de Cédrika Provencher, le soir du 12 décembre 2015 a sonné plusieurs fins, dont celle de l’espoir de retrouver sa fille vivante. Depuis la découverte de ses ossements, le deuil a pu tranquillement s’amorcer.

«Pouvoir savoir où est son enfant, ça fait une énorme différence. Ça change beaucoup de choses. Il y a un “après”, et il y a beaucoup à faire», souligne Martin Provencher, qui a accepté d’accorder une rare entrevue depuis la découverte de Cédrika.

Pendant plus de huit ans, l’espoir qu’elle soit vivante le motivait à multiplier les efforts pour retrouver sa fille disparue le 31 juillet 2007, à l’âge de 9 ans.

Mais le 11 décembre 2015, la découverte fortuite d’ossements humains par des chasseurs dans un secteur boisé près de Trois-Rivières allaient entraîner officiellement la fin des recherches.

Savoir, enfin

Cette journée-là, M. Provencher a rapidement été averti qu’il s’agissait possiblement des restes d’un enfant. Il a attendu une trentaine d’heures, de longues heures, avant de connaître les résultats des analyses effectuées par la Sûreté du Québec. Le lendemain soir, il est allé se coucher, toujours sans nouvelles.

«J’ai dit : si jamais c’est Cédrika, ils n’appelleront pas. Ça va cogner à la porte», se rappelle-t-il, attablé à sa résidence. Les minutes qui ont suivi lui ont donné raison.

Martin Provencher fait raisonner deux coups sur la table rappelant le bruit, lourd de sens, qui l’a tiré de son lit. «Ben là, tu le sais que c’est… c’est là», souffle-t-il difficilement, ému.

«Tu pleures, mais la réaction est bizarre, c’est un mélange d’émotions», confie M. Provencher. Ce soir-là, il a vécu une forme de délivrance. «Une délivrance de savoir, enfin», se souvient-il.

Un long cheminement

«L’après», pour lui, est un long cheminement avec ses hauts et ses bas.

«Le deuil, ça ne se fait pas comme ça. Et en même temps, la vie continue, on a des obligations. Ce sera toujours une blessure qui est là. C’est d’apprendre à vivre avec, et de ne pas la mettre dans une boîte», illustre le père de famille, émotif.

Il y a eu les funérailles, l’été après. Martin Provencher se rend d’ailleurs très souvent au cimetière où elle repose désormais.

«J’y vais, même si des fois ce n’est que pour un détour de deux minutes. C’est l’endroit où je sais qu’elle est, maintenant.»

Encore aujourd’hui, il admet toujours travailler «à enlever la carapace» qu’il s’est créée au fil des ans.

«Ça brise beaucoup de choses dans une vie. Ça change une vie. Alors, tu dois te refaire une vie», mentionne-t-il.

Dans les mois suivant la découverte, il s’est replongé dans les souvenirs de Cédrika, qu’il avait enfouis dans des boites.

«Tu y vas progressivement, quand tu es capable. La première fois, j’ai pleuré ma vie», raconte l’homme.

S’il travaille à «recréer ses moments de bonheur», M. Provencher assure ne pas entretenir de rancœur, même si personne n’a été arrêté à ce jour en lien avec l’enlèvement et le meurtre de sa fille.

«Je ne dis pas que je n’en voudrai pas à la personne qui l’a fait un jour, mais je ne veux pas détruire ma vie plus qu’elle a été détruite, dit-il. Ça prendra aux policiers deux ans, 10 ans, mais moi, au moins, je peux savoir où était ma fille. C’était le but.»

Disparition de Julie Surprenant
Il rêve parfois qu’elle réapparaît
photo Sophie Côté
Michel Surprenant conserve précieusement dans son portefeuille cette vieille photo de sa fille Julie, disparue en novembre 1999.

Plus de 18 ans après la disparition de sa fille Julie, Michel Surprenant n’a aucune certitude quant à ce qui lui est arrivé, même si le principal suspect a fait des aveux tout juste avant sa mort.

Le 16 novembre 1999 en soirée, Julie Surprenant, 16 ans, était vue pour la dernière fois débarquant de l’autobus 25A sur l’île Saint-Jean, à Terrebonne.

C’était à quelques pas de chez son père, où elle habitait depuis peu.

Il y a six ans, Michel Surprenant se disait certain «à 95 %» que Richard Bouillon, principal suspect lié à sa disparition, était le responsable. Ça n’a pas changé aujourd’hui, affirme-t-il.

«Juste des hypothèses»

Sur son lit de mort en 2006, l’homme aux nombreux antécédents criminels avait confessé à des employés de l’hôpital où il a vécu ses derniers jours avoir tué l’adolescente puis avoir jeté son corps dans la rivière des Mille-Îles.

Malgré cette thèse, M. Surprenant vit dans le doute, alors que le corps de sa fille n’a jamais été retrouvé.

«Julie, je ne le sais absolument pas ce qui est arrivé, on a juste des hypothèses», dit-il.

«Des hypothèses, c’est comme un prix de consolation. Mais on n’a pas besoin de ça, on a besoin de connaître la vérité», fait-il valoir.

«DU SOLEIL DANS LES NUAGES»

Plus de 18 ans ont passé et Michel Surprenant espère toujours qu’un jour, une information cruciale permettra de la retrouver.

Il ne s’empêche pas de croire que sa fille pourrait être en vie, même si «la réalité, c’est qu’il y a 98 % des chances qu’elle soit décédée». 

«Ça m’arrive de rêver des fois qu’elle m’apparaît une bonne journée, avec trois petits enfants autour d’elle. Ça fait juste mettre un peu de soleil dans les nuages», confie-t-il.

Avec les années, Michel Surprenant a appris le lâcher-prise. «Mais ça ne veut pas dire qu’on abandonne», insiste l’homme. 

«Le drame qu’il y a dans ta vie, soit il t’empêche de vivre, comme un frein, soit c’est un bagage qui va te servir à avancer, comme une locomotive.»

Julie, comme un «monument»

M. Surprenant se fait un devoir de garder vivantes «l’histoire» et «la mémoire de Julie», confie-t-il en sortant un précieux cliché de sa fille de son portefeuille. 

«Elle a 18 ans et demi cette photo-là, indique l’homme de 64 ans. Si tu regardes, l’image, l’histoire commencent à s’effacer. Mais Julie est toujours là.»

Son visage, même après 18 ans, est d’ailleurs reconnu partout en province, tant son histoire a marqué les Québécois. 

«Avec le temps, Julie, c’est devenu un genre de monument d’une certaine façon», souligne-t-il, en se disant que sa détresse a au moins fait avancer la cause des enfants disparus.

Disparition de Mélina Martin
Elle refuse de croire au décès de sa fille
photo Sophie Côté
Des photos de Mélina se retrouvent un peu partout dans l’appartement de sa mère, Françoise Algier, comme celle qu’elle tient ici.

La mère de la jeune Mélina Martin refuse de croire que sa fille, portée disparue depuis 2005 à Farnham, en Montérégie, puisse être décédée.

«D’après moi, oui, elle est encore en vie. Tant que j’ai pas le corps, des ossements, je ne le croirai pas. Je ne pensais pas que ce serait long de même, c’est pas croyable», soupire Françoise Algier.

Elle garde espoir en rappelant qu’il existe des cas d’enfants disparus qui ont été retrouvés vivants après plus de 10 ans.

«Mais on veut que ça aboutisse à quelque chose, qu’on la retrouve, qu’elle soit morte ou vivante. Parce que ça n’a pas d’allure, c’est vivre l’enfer», confie la mère de sept enfants, en rémission d’un cancer depuis cinq ans. 

«C’est certain qu’il y a quelqu’un qui sait quelque chose», ajoute-t-elle.

Confiance brisée

Le dimanche 23 janvier 2005, la mère de famille avait accepté que Mélina, 13 ans, se rende en après-midi au parc Bourbonnais, à Farnham, pour participer à une fête hivernale. Elle l’avait laissée tout près, et lui avait donné rendez-vous pour l’heure du souper dans un restaurant du coin.

Mélina, «une petite fille normale de son âge qui aimait avoir du fun», ne s’est jamais rendue au rendez-vous. En après-midi, personne ne l’aurait vue au parc en question.

Cette journée fut le début d’un long calvaire pour la famille. «On a cherché partout», explique la femme de 60 ans.

Au départ, la disparition a été peu médiatisée. C’est la famille qui a effectué des recherches. La Sûreté du Québec croyait à une fugue, une hypothèse que Mme Algier ne considérait pas.

Depuis 2005, la famille a reçu des centaines d’informations. Souvent, des gens croient avoir reconnu Mélina quelque part.

Mme Algier en a gros sur le cœur en parlant de l’enquête policière. 

«Je trouve qu’ils ne nous ont pas aidés. Et quand il y a des informations, est-ce qu’elles sont vraiment vérifiées? On ne le sait pas. C’est rendu qu’on n’a même plus confiance», lâche-t-elle.

Il veut des réponses depuis 11 ans
Jean Lajoie se demande ce qui a bien pu arriver à son fils Philippe, disparu mystérieusement
photo andréanne LEMIRE, LE JOURNAL DE MONTRÉAL
Jean Lajoie tient ici une photo de son fils Philippe, dont il n’a pas eu de nouvelles depuis le soir de la Saint-Valentin, en 2007.

Contrairement à d’autres parents, un homme de Lanaudière ne se fait pas d’illusion­­­ et considère que son fils disparu mystérieusement depuis 11 ans est bel et bien décédé. Mais il cherche encore à comprendre ce qui a pu lui arriver, le soir de la Saint-Valentin en 2007.

Assis à la table de sa maison de Saint-Didace, Jean Lajoie revit avec émotion le dernier repas qu’il a partagé avec son fils Philippe, qui était alors âgé de 23 ans.

«On venait de finir de manger du rosbif, avec des patates pilées. Il était assis là», relate M. Lajoie, en pointant, émotif, la place de Philippe à sa gauche.

Tempête

À l’extérieur, la tempête se levait et Philippe se préparait à partir vers Yamachiche pour «faire sa tournée» quotidienne à la porcherie, dont il s’occupait avec son frère aîné.

Le jeune homme se tenait dans le cadre de porte, prêt à partir, mais son père hésitait à y aller avec lui.

«J’ai regardé le temps dehors, et je lui ai dit que j’irais finalement une autre fois avec lui. Je lui ai dit : “Sois prudent”», évoque-t-il.

Sentiment de culpabilité

Jean Lajoie se demande encore si le sort de son fils aurait été différent s’il l’avait accompagné à la porcherie.

«À un moment donné, je me suis senti coupable, confie-t-il. Même aujourd’hui, ça me gruge. Si j’étais allé avec lui, peut-être qu’il n’y aurait rien eu.»

À deux heures du matin, cette nuit-là, Philippe n’était toujours pas revenu.

Sa mère Pierrette raconte avoir eu l’impression que Philippe l’appelait à l’aide.

En pleine nuit, M. Lajoie et son autre fils se sont rendus à la porcherie, à une quarantaine de kilomètres de la maison.

La porte du bâtiment était mal fermée, la lumière du bureau était allumée. La camionnette de Philippe était là, la clé dans le contact.

Le jeune homme avait enlevé et replacé son habit de travail et ses bottes après avoir accompli sa besogne. Mais il n’y avait aucune trace de lui.

«On a fait le tour de la porcherie, mais il ventait tellement, ça effaçait nos traces à mesure», se souvient l’homme de 65 ans.

Dans les jours suivants, des battues ont eu lieu. Un poste de commandement a été érigé par la Sûreté du Québec, qui a considéré l’endroit comme une scène de crime.

Une erreur sur la personne?

Onze ans ont passé et les Lajoie n’ont toujours aucune idée de ce qui est arrivé à Philippe.

«Il n’y a rien. Rien. Comme s’il n’avait jamais existé», déplore Jean Lajoie.

L’homme décrit son fils comme «un gars tranquille», célibataire et «sans histoire», «qui ne touchait pas à l’alcool et la drogue» et «qui travaillait jusqu’à 14 heures par jour».

«J’en ai-tu braillé des shots. J’allais sur le lit de Philippe, raconte M. Lajoie. Ça fait assez mal, ça te déchire les tripes.»  

Selon lui, son fils pourrait avoir été victime «d’une espèce d’erreur sur la personne». 

«Ou il a peut-être vu quelque chose qu’il n’aurait pas dû voir», soumet-il, incertain.

Retrouver ses ossements

Nourrit-il un mince espoir de le retrouver vivant? «Non. Ben non, répond M. Lajoie, résigné. La deuxième ou troisième journée après sa disparition, j’ai dit à Pierrette : “On reverra jamais notre gars. Jamais on le reverra vivant”.» 

À contrecœur, M. Lajoie est même passé devant un juge en 2015 pour le faire déclarer mort, afin d’aider son autre fils, qui était associé avec Philippe, à toucher l’argent des assurances.

L’espoir des parents du disparu réside maintenant dans la possibilité que des langues finissent par se délier.

«Un jour, on va peut-être retrouver ses ossements, espère M. Lajoie. Il a droit à une sépulture qui a de l’allure. Il ne faut pas qu’il traîne n’importe où dans les bois.»

Les parents demeurent néanmoins réalistes

Sans preuve que leur enfant est mort ou vivant, les parents d’enfants disparus ne peuvent faire un deuil, même après de longues années sans réponses.

«Il n’y a pas de dénouement pour ces familles, elles sont toujours dans l’attente», explique Pina Arcamone, directrice générale du Réseau Enfants-Retour.

Espoir

L’organisme, créé l’année suivant les disparitions des jeunes Sébastien Métivier, Wilton Lubin et Maurice Viens, le 1er novembre 1984, est dédié à accompagner et à soutenir ces familles.

«Je pense que les familles dont l’enfant est porté disparu, surtout après tant d’années, elles demeurent réalistes. Je pense qu’elles savent qu’il y a peut-être une grande possibilité que leur enfant soit décédé, mais il y a toujours cette petite lueur d’espoir que l’enfant pourrait être en vie à laquelle elles s’accrochent», soutient Mme Arcamone. 

Cleveland

Elle donne en exemple le cas de trois jeunes Américaines qui ont été retrouvées vivantes en 2013 après avoir été séquestrées pendant plus de 10 ans à Cleveland. 

«Les familles étaient demeurées convaincues que leur fille était toujours en vie», rappelle Mme Arcamone.

Avez-vous vu ces enfants disparus?
Voici 33 enfants disparus qui figurent sur la liste d’enfants recherchés du Québec sur le site du Réseau Enfants-Retour

Certains enfants sont recherchés depuis des décennies, d’autres depuis quelques semaines. Le Réseau Enfants-Retour, qui soutient les familles des disparus, publie des photos et des informations sur ces jeunes dans l’espoir de les retrouver, enfin. Des enfants disparus victimes d’un enlèvement parental, qui n’apparaissent pas ci-dessous, se retrouvent également sur le site web de l’organisme. Voici 33 jeunes. 33 visages à reconnaître. 33 vies humaines dont le sort est tristement inconnu.

* Ce sont 33 disparus qui figuraient sur la liste d’enfants recherchés du Québec sur le site du Réseau Enfants-Retour le 27 avril. La liste du Journal exclut les enlèvements parentaux.