Pendant que les patrons des commissions scolaires se partagent 825 000 $ en bonis, cela fait sept mois que des élèves d'une école de Lanaudière ne peuvent plus utiliser de micro-ondes à l'heure du lunch, parce que personne ne veut leur payer une surveillante à 16 $ de l'heure.
«On est obligé de leur préparer des sandwiches depuis le début de l'année», s'indigne André Morand, un père de famille qui a dénoncé la situation au Journal. «Les enfants ne veulent plus manger, dit-il. Ils reviennent à la maison et la boîte à lunch est encore pleine. C'est difficile de faire la promotion de la saine alimentation.»
Solution pourtant simple
Le conseil d'établissement de l'école primaire de Sainte-Marcelline-de-Kildare, près de Joliette, «se penche sur la question depuis le début de l'année», soutient Claude Coderre, de la Commission scolaire des Samares. «Le directeur fait des démarches [et] tous les scénarios ont été analysés, mais on n'est pas capable de trouver la solution», indique le porte-parole.
Le problème de l'école Sainte- Marcelline est pourtant simple, reconnaît Claude Coderre. «Ça prendrait quatre personnes pour faire la surveillance, mais on en a seulement trois», dit-il.
Les élèves inscrits au service de garde à 7 $ par jour sont les seuls à pouvoir utiliser les micro-ondes installés dans un corridor, face au gymnase qui sert de salle à manger.
Alors qu'un adulte garde un oeil sur ceux qui dînent, un employé du service de garde réchauffe leurs plats. Mais les enfants qui paient uniquement les frais de «surveillance » n'ont pas droit au même traitement. Un seul adulte assure leur supervision, ce qui rend impossible l'utilisation des fours, plaide Claude Coderre.
«Le surveillant doit voir les enfants en tout temps. Or, les microondes sont dans le corridor, dit-il. Si un enfant se casse les dents pendant qu'il a le dos tourné, on a un problème. Et, pour des raisons de sécurité, on ne peut pas laisser les enfants se servir seuls des appareils.»
Pour corriger la situation, la Commission scolaire espère qu'un bénévole viendra réchauffer les repas des enfants. Cela se serait produit «à quelques reprises» au cours des derniers mois.
Il n'est cependant pas question d'embaucher un autre sur-v eillant, qui gagnerait 16,85 $ de l'heure, en vertu la convention collective. «On est déjà déficitaires au niveau de la surveillance du midi, fait valoir le porte-parole. Ce n'est pas subventionné par le gouvernement, c'est basé sur un principe d'utilisateur- payeur.»
Claude Coderre laisse entendre que les parents refusent de payer davantage pour ce service. «Quand on atteint le seuil de 1 $ par jour, ils trouvent ça exagéré», dit-il.
Le porte-parole avoue que la situation «ne favorise pas une meilleure alimentation», mais il rappelle que la «priorité est accordée à la sécurité.»
Une question de «bonne foi»
André Morand, dont les enfants sont inscrits en 1re année, croit que le problème pourrait être réglé facilement «avec un peu de bonne foi.» «On voit tous les jours que les commissions scolaires ont de l'argent pour des partys, des voyages et des bonis», souligne-t-il. Hier, le Journal révélait d'ailleurs que les patrons de ces organismes ont empoché 825 000 $ en primes, l'an dernier, une hausse de 3,7 % par rapport à l'année précédente.