Éducation

Encouragés à être «malades»

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Sébastien Ménard

Journal de Montréal, Publié le:

La proportion d'enseignants qui prennent des congés de maladie est deux fois plus élevée que celle de leurs autres collègues du réseau public d'éducation.

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La proportion d'enseignants qui prennent des congés de maladie est deux fois plus élevée que celle de leurs autres collègues du réseau public d'éducation.

La proportion d'enseignants qui prennent des congés de maladie est deux fois plus élevée que celle de leurs autres collègues du réseau public d'éducation. Selon les commissions scolaires, la convention collective des profs a engendré un «effet pervers» qui les encourage parfois à réclamer de tels congés même s'ils ne sont pas malades.

Des données obtenues par le Journal auprès du ministère de l'Éducation, au début du mois d'août, révèlent que 88 % des enseignants oeuvrant dans les écoles publiques de la province avaient bénéficié du régime de congés de maladie, à la fin de l'année 2008-2009.

Chaque enseignant s'étant ainsi déclaré malade avait pris, en moyenne, trois jours et demi de congé durant l'année scolaire.

La proportion de profs bénéficiant de congés de maladie est deux fois plus élevée que celle des employés de soutien et presque 50% supérieure à celle des employés professionnels, a constaté le Journal.

Déficit zéro

D'importantes modifications apportées au régime de congés de maladie des enseignants, à la fin des années 1990, engendrent aujourd'hui «un effet pervers», a reconnu le directeur des relations de travail de la Fédération des commissions scolaires du Québec, Bernard Tremblay, il y a quelques semaines.

Motivé par l'atteinte du «déficit zéro», le gouvernement de l'époque avait «poussé beaucoup pour trouver des sources d'économie dans la convention collective des enseignants», raconte M. Tremblay.

«Une des mesures d'économie qui avait été convenue avec les syndicats, c'était la transformation des banques de congés de maladie monnayables», relate-t-il.

Depuis ce temps, les profs du Québec ne peuvent plus monnayer les jours de congé de maladie inutilisés, à la fin d'une an-née, contrairement à leurs autres collègues. S'ils ne les utilisent pas, ils ne bénéficient d'aucun avantage à court terme.

Les enseignants ont plutôt droit à six jours de congé de maladie non monnayables par an. S'ils n'en prennent aucun, ils peuvent s'en voir «créditer» cinq dans une banque de congés qui est censée être monnayée lors de «leur départ de la commission scolaire», dit Bernard Tremblay.

«Donc, si je suis un enseignant, je sais qu'il n'y a que cinq de mes six jours qui vont m'être crédités, si je ne prends aucun congé de maladie. Dans certaines circonstances, ça devient un incitatif à utiliser quelques journées de maladie [même si on n'est pas malade]», observe-t-il.

«À tout le moins, ça ne crée pas un incitatif à l'assiduité», confie-t-il.

Méfiants

De nombreux syndiqués douteraient également de leurs chances d'être réellement payés pour ces congés de maladie inutilisés, estime Bernard Tremblay.

«Les gens sont sceptiques quand on leur dit »un jour on te monnayera ces congés de maladie-là«, lance-t-il. Ils se rappellent qu'à une époque, les gens avaient des banques de congés de maladie qui devaient être monnayées et qui, pour toutes sortes de raisons, l'ont été à 50 % plutôt qu'à 100 %. Les syndicats ont gardé ça en mémoire et disent à leurs membres d'être prudents.»