Abner Valère a vécu à la fois la pire malchance de sa vie et une chance inouïe, hier. Le vol d'Air Transat qu'il devait prendre hier matin pour ramener à Montréal ses cinq enfants dont il est séparé depuis 2004, a été annulé mais, plus tard en journée, un simple courriel lui a permis d'embarquer à bord d'un jet privé à destination d'Haïti.
Si tout va bien, Abner Valère, 46 ans, travailleur chez Reebok, à Saint-Laurent, partira dès ce matin à la recherche de ses cinq enfants disparus.
Sa deuxième chance de se rendre là-bas est apparue à la fin de l'émission de Jean-Luc Mongrain, hier, un peu avant midi à LCN: une femme écrit alors sur le blogue de l'animateur qu'elle et son conjoint avaient fait leurs valises, qu'ils ont l'argent et leur passeport en poche, qu'ils sont prêts à partir chercher les cinq garçons, pour lesquels les démarches officielles venaient d'être complétées. Ils devaient les ramener avec eux au Québec.
Pis encore, elle écrit qu'ils sont sans nouvelles des cinq enfants, dont trois qui se trouvaient dans un hôpital de Pétionvile.
Ils craignent évidemment le pire, mais ils sont coincés ici, incapables de se rendre là-bas alors qu'ils étaient si près du but.
Au même moment, l'équipe de TVA est en train d'affréter le Challenger de Quebecor Media pour dépêcher en Haïti une équipe de reporters.
L'avion sera rempli d'équipements, mais il reste une place.
On se dit alors pourquoi pas... Ou plutôt, comment dire non ?
Incroyable mais vrai, quatre heures et demie plus tard, Abner Valère est assis dans le fauteuil d'un jet à destination de Santo Domingo, en République Dominicaine, d'où il doit repartir très tôt ce matin.
Une heure à pied
«La première chose que je vais faire en arrivant à l'aéroport, c'est partir à pied vers l'hôpital où ils pourraient être. C'est environ une heure de marche, si tout va bien, si ce n'est pas trop le chaos», a raconté M. Valère, hier, avant de s'envoler.
«J'ai beaucoup d'espoir qu'on va retrouver les enfants vivants, mais mon mari est très inquiet», a ajouté Doris Mongrain, 48 ans, agente de crédit pour la compagnie de matériaux de construction Givesco, de Saint-Léonard.
Les deux autres enfants de M. Valère se trouvent aux Cayes, région au sud, moins touchée par le séisme.
Mme Mongrain poursuivait en vain ses recherches au téléphone depuis Montréal, hier soir.
Le couple avait acheté sept billets d'avion pour le retour à Montréal, prévu mercredi prochain. «On devait alors commencer tous ensemble notre nouvelle vie», dit-elle.