Feux

Les pizzerias brûlent à Chambly

George Kalogerakis
Le Journal de Montréal

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La voiture de livraison de Pizzaland a été incendiée en janvier pendant la nuit, malgré la proximité d'un poste de police.

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La voiture de livraison de Pizzaland a été incendiée en janvier pendant la nuit, malgré la proximité d'un poste de police.

C'est très risqué d'ouvrir une pizzeria à Chambly.

Depuis cinq ans, pas moins de huit tentatives d'incendies criminels, d'attentats à l'explosif et d'intimidation ont été perpétrées contre des pizzerias dans cette petite municipalité.

Le dernier incident s'est produit en janvier dernier : un véhicule de livraison a été réduit à son squelette de métal dans le stationnement du restaurant Pizzaland.

«Je pensais qu'on était en sécurité du fait que nous sommes situés juste à côté du poste de police», explique Mike Plante, un des propriétaires du resto.

Intimidation

Cette attaque n'était pas la première. L'automne dernier, deux autres incendies se sont déclarés dans le restaurant alors qu'on préparait son ouverture. Lors d'un de ces deux incidents, l'incendiaire avait allumé huit foyers d'incendie.

«C'était probablement une for me d'avertissement», précise Plante. «C'est vraiment de l'intimidation commerciale.»

Mike Plante raconte qu'on l'avait prévenu que les pizzerias semblaient ciblées dans cette municipalité de 23 000 habitants.

Ses associés et lui sont propriétaires d'un établissement du même genre à Richelieu, mais n'ont jamais été victimes d'actes de ce genre auparavant. Ses clients l'avaient prévenu qu'il devait s'attendre à être victime d'un incendie à son nouvel établissement de Chambly.

Ils avaient raison.

La même chose est arrivée chez Mikes, Donini et Piazzetta à Chambly. Et aussi deux fois chez Pizza Super Choix, dans la municipalité voisine de Richelieu.

La plupart des restaurants n'ont pas été lourdement endommagés, sauf le Mikes, en 2005. Il est demeuré fermé pendant deux ans et a finalement été rouvert par un autre propriétaire, sous la bannière Piazzetta.

Contenant d'essence

Moins d'un an plus tard, un incendiaire a tenté d'allumer un feu sur le toit du Piazzetta. À leur arrivée sur les lieux, les pompiers ont retrouvé un contenant d'essence dans un bac de recyclage.

Alexandre Tremblay, directeur du service de sécurité incendie Chambly- Carignan, avoue que les appels provenant des pizzerias sont anormalement élevés.

Selon lui, ce sont les nouveaux restaurants qui offrent la livraison qui sont ciblés, mais il n'a aucune idée pourquoi.

Il doute que ce soit l'oeuvre d'un homme d'affaires qui voudrait éliminer toute compétition sur le marché de la livraison de pizza. Ce serait selon lui trop draconien comme façon de procéder.

Les résidents de la région croient plutôt qu'il s'agit probablement de quelqu'un qui utilise son service de livraison de pizza pour dissimuler un service de livraison de drogue et que cette personne n'aime pas tellement ça quand des entreprises légitimes lui compliquent la vie.

Personne ne sait réellement qui est derrière tout ça, poursuit Plante.

«Tout est légitime chez nous. C'est très rare que ça arrive aux gens normaux».

L'homme d'affaires affirme que personne n'a tenté de lui soutirer de l'argent en échange d'une «protection», ni ne l'a forcé à acheter certains ingrédients comme du fromage ou du pepperoni auprès d'eux, choses qui se sont déjà vues à Montréal, où la mafia a été impliquée dans des activités de distribution d'aliments.

On se souviendra du tristement célèbre épisode en 1990, lorsque la chaîne Pizza Hut avait ouvert un restaurant à Saint-Léonard. Celui-ci avait été la cible de deux attaques : un incendie, puis une explosion.

La maison-mère avait porté plainte pour intimidation auprès de la police, qui, à son tour, avait exercé des pressions sur la mafia jusqu'à ce que les attaques cessent.

Plante demande lui aussi que cessent les attaques sur son restaurant. Ses 40 employés de Chambly sont stressés. Pour tenter de les rassurer, il a fait installer des caméras de vision nocturne à haute définition. Il croit toutefois que la police n'a aucune piste sérieuse.

«Est-ce qu'ils attendent qu'un drame se produise avant de prendre cette histoire au sérieux ?»


La Ville surveille la situation

Le maire suppléant de Chambly affirme que les autorités surveillent la situation des pizzerias de très près.

Steeve Demers dit qu'il a pris note de tous les incendies et compte s'assurer que la régie intermunicipale de police Richelieu-Saint-Laurent a la situation bien en main.

Le capitaine Michel Tremblay, de la régie de police, n'était pas au courant des nombreux feux criminels dans des pizzerias. Il dit être dans ce poste seulement depuis janvier, et ne sait pas encore ce que ses prédécesseurs ont fait dans ce dossier.

Il a promis de s'informer et de rappeler le Journal, mais ne l'a pas fait.

Le président de la Chambre de commerce locale affirme lui aussi avoir remarqué que les pizzerias semblaient être particulièrement ciblées.

«Elles sont ciblées. Pour quelle raison ? Je ne sais pas. C'est vraiment bizarre», raconte Pierre Cardinal, président de la Chambre de commerce et d'industrie du bassin de Chambly.

Et selon lui, c'est impossible d'être totalement protégé d'une telle compétition criminelle. «Il y a beaucoup de restaurants pour un si petit endroit ; j'imagine que la concurrence est très féroce.»

M. Cardinal se réjouit toutefois du fait que ces événements ne semblent pas avoir effrayé la clientèle.

Mike Plante, propriétaire de Pizzaland, abonde dans le même sens et affirme que sa clientèle le soutient.

Le propriétaire d'un autre restaurant qui a été la cible de l'incendiaire affirme n'avoir aucune idée des raisons qui pourraient avoir fait de lui l'objet d'une de ces attaques. Il affirme n'avoir reçu aucune menace ou demande de «protection».

«On considère qu'on n'a pas d'ennemis. Je n'arrive pas à croire que c'est une bataille de territoire.»

La question demeure ainsi la même dans l'esprit de tous les citoyens : pourquoi ?

«C'est louche, dit le propriétaire, qui ne voulait pas être identifié. On pense toujours que c'est quelqu'un qui ne veut pas de compétition, quelqu'un qui n'apprécie pas notre présence.»