C'est très risqué d'ouvrir une pizzeria
à Chambly.
Depuis cinq ans, pas moins de huit tentatives
d'incendies criminels, d'attentats
à l'explosif et d'intimidation ont été perpétrées
contre des pizzerias dans cette petite
municipalité.
Le dernier incident s'est produit en janvier
dernier : un véhicule de livraison a
été réduit à son squelette de métal dans le
stationnement du restaurant Pizzaland.
«Je pensais qu'on était en sécurité du
fait que nous sommes situés juste à côté
du poste de police», explique Mike Plante,
un des propriétaires du resto.
Intimidation
Cette attaque n'était pas la première.
L'automne dernier, deux autres incendies
se sont déclarés dans le restaurant alors
qu'on préparait son ouverture. Lors d'un
de ces deux incidents, l'incendiaire avait
allumé huit foyers d'incendie.
«C'était probablement une for me
d'avertissement», précise Plante. «C'est
vraiment de l'intimidation commerciale.»
Mike Plante raconte qu'on l'avait prévenu
que les pizzerias semblaient ciblées
dans cette municipalité de 23 000 habitants.
Ses associés et lui sont propriétaires
d'un établissement du même genre à
Richelieu, mais n'ont jamais été victimes
d'actes de ce genre auparavant. Ses clients
l'avaient prévenu qu'il devait s'attendre à
être victime d'un incendie à son nouvel
établissement de Chambly.
Ils avaient raison.
La même chose est arrivée chez Mikes,
Donini et Piazzetta à Chambly. Et aussi
deux fois chez Pizza Super Choix, dans la
municipalité voisine de Richelieu.
La plupart des restaurants n'ont pas été
lourdement endommagés, sauf le Mikes,
en 2005. Il est demeuré fermé pendant
deux ans et a finalement été rouvert par
un autre propriétaire, sous la bannière
Piazzetta.
Contenant d'essence
Moins d'un an plus tard, un incendiaire
a tenté d'allumer un feu sur le toit du
Piazzetta. À leur arrivée sur les lieux, les
pompiers ont retrouvé un contenant
d'essence dans un bac de recyclage.
Alexandre Tremblay, directeur du
service de sécurité incendie Chambly-
Carignan, avoue que les appels provenant
des pizzerias sont anormalement
élevés.
Selon lui, ce sont les nouveaux restaurants
qui offrent la livraison qui sont
ciblés, mais il n'a aucune idée pourquoi.
Il doute que ce soit l'oeuvre d'un homme
d'affaires qui voudrait éliminer toute
compétition sur le marché de la livraison
de pizza. Ce serait selon lui trop draconien
comme façon de procéder.
Les résidents de la région croient plutôt
qu'il s'agit probablement de quelqu'un
qui utilise son service de livraison
de pizza pour dissimuler un service de livraison
de drogue et que cette personne
n'aime pas tellement ça quand des entreprises
légitimes lui compliquent la vie.
Personne ne sait réellement qui est
derrière tout ça,
poursuit Plante.
«Tout est légitime
chez nous.
C'est très rare que
ça arrive aux gens
normaux».
L'homme d'affaires
affirme que
personne n'a tenté
de lui soutirer de l'argent en échange
d'une «protection», ni ne l'a forcé à acheter
certains ingrédients comme du fromage
ou du pepperoni auprès d'eux, choses qui se sont déjà
vues à Montréal,
où la mafia a été
impliquée dans
des activités de
distribution d'aliments.
On se souviendra
du tristement
célèbre épisode en
1990, lorsque la chaîne Pizza Hut avait ouvert
un restaurant à Saint-Léonard. Celui-ci
avait été la cible de deux attaques : un
incendie, puis une explosion.
La maison-mère avait porté plainte pour
intimidation auprès de la police, qui, à son
tour, avait exercé des pressions sur la mafia
jusqu'à ce que les attaques cessent.
Plante demande lui aussi que cessent
les attaques sur son restaurant. Ses 40 employés
de Chambly sont stressés. Pour
tenter de les rassurer, il a fait installer
des caméras de vision nocturne à haute
définition. Il croit toutefois que la police
n'a aucune piste sérieuse.
«Est-ce qu'ils attendent qu'un drame se
produise avant de prendre cette histoire
au sérieux ?»
La Ville surveille la situation
Le maire suppléant de Chambly affirme
que les autorités surveillent la situation
des pizzerias de très près.
Steeve Demers dit qu'il a pris note de
tous les incendies et compte s'assurer
que la régie intermunicipale de police
Richelieu-Saint-Laurent a la situation
bien en main.
Le capitaine Michel Tremblay, de la
régie de police, n'était pas au courant
des nombreux feux criminels dans des
pizzerias. Il dit être dans ce poste seulement
depuis janvier, et ne sait pas encore
ce que ses prédécesseurs ont fait dans
ce dossier.
Il a promis de s'informer et de rappeler
le Journal, mais ne l'a pas fait.
Le président de la Chambre de commerce
locale affirme lui aussi avoir remarqué
que les pizzerias semblaient
être particulièrement ciblées.
«Elles sont ciblées. Pour quelle
raison ? Je ne sais pas. C'est vraiment
bizarre», raconte Pierre Cardinal, président
de la Chambre de commerce et
d'industrie du bassin de Chambly.
Et selon lui, c'est impossible d'être totalement
protégé d'une telle compétition
criminelle. «Il y a beaucoup de restaurants
pour un si petit endroit ; j'imagine
que la concurrence est très féroce.»
M. Cardinal se réjouit toutefois du
fait que ces événements ne semblent pas
avoir effrayé la clientèle.
Mike Plante, propriétaire de Pizzaland,
abonde dans le même sens et affirme
que sa clientèle le soutient.
Le propriétaire d'un autre restaurant
qui a été la cible de l'incendiaire
affirme n'avoir aucune idée des raisons
qui pourraient avoir fait de lui l'objet
d'une de ces attaques. Il affirme n'avoir
reçu aucune menace ou demande de
«protection».
«On considère qu'on n'a pas d'ennemis.
Je n'arrive pas à croire que c'est
une bataille de territoire.»
La question demeure ainsi la même
dans l'esprit de tous les citoyens : pourquoi
?
«C'est louche, dit le propriétaire, qui
ne voulait pas être identifié. On pense
toujours que c'est quelqu'un qui ne veut
pas de compétition, quelqu'un qui n'apprécie
pas notre présence.»