Crime organisé

L'instabilité règne

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Mathieu Turbide

Journal de Montréal, Publié le:

Ducarme Joseph, propriétaire de la boutique où a eu lieu la fusillade jeudi.

© Agence QMI

Ducarme Joseph, propriétaire de la boutique où a eu lieu la fusillade jeudi.

Les règlements de comptes qui secouent le crime organisé depuis quelques mois devraient inquiéter les autorités et la population de Montréal, estime l'auteur d'un livre sur la mafia montréalaise.

Adrian Humphreys, journaliste au National Post et auteur du livre Rizzuto: L'ascension et la chute d'un parrain, croit que l'instabilité qui règne dans le monde interlope montréalais provoque actuellement des situations très dangereuses, comme au temps de la guerre des motards, dans les années 1990.

«Et tout comme la guerre des motards d'il y a quelques années, ces fusillades se déroulent en public, fait-il remarquer. Ce qui veut dire qu'à peu près n'importe qui aurait pu être blessé ou tué. C'est certainement un autre signe de l'état instable et dysfonctionnel du crime organisé et tout le monde devrait s'en inquiéter.»

Plusieurs hypothèses

La fusillade survenue jeudi dans une boutique de vêtements du Vieux-Montréal a d'ailleurs non seulement tué deux proches du présumé trafiquant de drogue Ducarme Joseph, mais également blessé un électricien qui se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment.

Selon Adrian Humphreys, plusieurs hypothèses peuvent expliquer cette attaque. Il peut s'agir d'une réplique de la mafia qui voudrait venger la mort de Nick Rizzuto Junior, le fils du présumé parrain montréalais. Ce pourrait aussi être une autre attaque de la part des mêmes tireurs qui ont tué Rizzuto.

Une chose est certaine, cela n'augure rien de bon pour la sécurité publique.

«On a vu lors du Projet Colisée que la mafia est facilement capable de faire ce genre d'attaques. Ils ont facilement accès à des fusils, à des munitions et à des «soldats» prêts à attaquer, dit-il. Malheureusement pour les gens de Montréal, la mafia n'est pas la seule à pouvoir le faire. Et les gangs de rue représentent un danger de plus en plus grand pour la sécurité publique.»

Ducarme Joseph comparaît

Celui qui semblait être la cible de cette attaque, Ducarme Joseph, a comparu hier par vidéoconférence au palais de justice de Montréal.

Joseph, 41 ans, qui est propriétaire de la boutique Flawnego où a eu lieu la fusillade, avait été arrêté hier dans le quartier Notre-Dame-des- Neiges. Il doit répondre à des accusations de bris de probation.

Joseph était en liberté conditionnelle après avoir été arrêté en septembre 2009 pour voies de fait.

Il se trouvait en compagnie de deux personnes qu'il n'avait pas le droit de fréquenter, Steven Fleurant et Charlotain Dutoit, deux de ses coaccusés dans un procès à venir en septembre.

Un chef d'accusation s'est également ajouté, hier, parce qu'au moment de son arrestation, M. Joseph était en possession d'un cylindre noir, c'est-à-dire, un silencieux pour arme à feu. Il demeure détenu jusqu'à sa prochaine comparution prévue demain.

Ducarme Joseph, 41 ans, est un ancien chef de gang -le gang des 67 -qui tenterait d'imposer sa loi au centre-ville de Montréal afin d'élargir son territoire dans la vente de stupéfiants.

* La fusillade de jeudi a fait deux morts, dont le garde du corps de Ducarme Joseph, Peter Christopoulos, et deux blessés. Ducarme a échappé de justesse aux coups de feu en prenant la fuite par une porte située à l'arrière de sa boutique.

* Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) est toujours à la recherche des deux individus déguisés qui ont fait irruption dans le commerce de vêtements de luxe de Joseph.