Réserves mohawk

Contrebandiers sans scrupule

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Dany Doucet

Journal de Montréal, Publié le:

Cette adolescente a facilement fait ses achats de cigarillos dans 10 kiosques de
Kahnawake et de Kanesatake.

© Agence QMI

Cette adolescente a facilement fait ses achats de cigarillos dans 10 kiosques de Kahnawake et de Kanesatake.

Les dépanneurs ont beau restreindre la vente de cigarillos aux mineurs comme l'exige la loi, cela reste un jeu d'enfant de s'approvisionner dans les réserves mohawks autour de Montréal, comme vient de le prouver cette fois une adolescente de 15 ans.

Avec ses broches dans la bouche, Annie a l'air d'une vraie ado, aucune confusion possible sur l'âge.

Pourtant, il ne lui a fallu que 15 minutes pour acheter différents paquets de cigarillos dans cinq kiosques à tabac de Kanesatake, près d'Oka, puis le même temps pour faire les mêmes achats à Kahnawake, près de Montréal.

«Ils ne m'ont posé aucune question, ne m'ont jamais demandé mon âge ni mes cartes», a raconté Annie (nom fictif), au retour de son voyage d'achat guidé en territoires mohawks.

Annie en a acheté de toutes les sortes. Des cigarillos réguliers, mais aussi des parfumés, pratiquement disparus de chez les dépanneurs parce qu'ils seront interdits à compter du 5 juillet.

Elle en a acheté dans des sacs ziploc de 200 comme dans des paquets de 20 unités. Depuis le 6 avril, les dépanneurs n'ont plus le droit de vendre des cigarillos en paquets de moins de 20 unités, encore une fois pour décourager les mineurs d'essayer d'en acheter.

Dans un kiosque, on lui a même remis un briquet en prime. Il ne lui restait plus qu'à allumer un cigarillo...

«Le nez dedans»

L'adolescente était escortée par une femme employée par une agence de sécurité.

Un deuxième agent de sécurité les suivait dans une autre automobile, dans le cadre d'une mission d'achat organisée par l'Association canadienne des dépanneurs (ACDA).

"Ce n'est vraiment pas une surprise pour nous, mais ça va faire, l'hypocrisie politique, a commenté au Journal Michel Gadbois, le viceprésident de cette association qui représente 31 000 dépanneurs au pays.

«Les politiciens, dit-il, on va maintenant leur mettre le nez dedans.»

Encourager la contrebande

Ce que déplore Michel Gadbois, c'est qu'en même temps que les gouvernements resserrent les lois et les contrôles pour empêcher la vente légale de produits du tabac, en particulier aux mineurs, ils ferment les yeux sur ce qui se passe dans les territoires autochtones.

"Ce qui et particulièrement insultant, en fin de compte, dit-il, c'est que le gouvernement a ajouté un outil dans l'arsenal des des criminels avec ce produit-là (cigarillos).

«C'est une vérité que tout le monde connaît et qu'on ne veut pas dire. Les gouvernements ne veulent pas agir, par peur.»

* Le Journal avait rapporté une expérience semblable en septembre dernier, alors que deux adolescents de 15 et 17 ans avaient réussi à acheter 2400 cigarettes en moins de 30 minutes à Kahnawake et Kanesatake. L'un d'eux s'était fait demander une carte d'identité à deux occasions et s'était fait refuser l'achat à une reprise.