Coincé à Cuba
«J'ai vécu l'enfer»
PHOTO COURTOISIE SOPHIE GEOFFROY
Daniel Baril commence à peine à marcher après son accident.
«Je prends des antidouleurs aux quatre à six heures. J'ai commencé à marcher hier (mercredi), mais techniquement, je ne devrais pas marcher», a raconté l'homme de 41 ans, joint hier soir dans la ville de Vinales, à environ deux heures de La Havane. Il est forcé de vivre dans une petite «casa» en ciment où les fourmis sont légion.
L'assurance qu'il avait contractée au Québec refuse de payer pour le moment et il a été forcé de quitter l'hôpital où il avait été amené le 15 janvier dernier (voir autre texte). Sa famille et des amis se mobilisent présentement pour amasser les quelque 25 000 $ nécessaires pour son rapatriement en avion-ambulance.
Sa conjointe des derniers mois juge inconcevable qu'il se retrouve dans de telles conditions. «C'était vraiment dégueulasse. Ils l'ont laissé baigner dans son sang pendant une journée», raconte Sophie Geoffroy.
Chat et chien à l'hôpital
Dans l'hôpital de Pinar del Rio où il a été amené, il a eu la surprise de voir un chat entrer dans sa chambre et des chiens aboyer. Pendant une semaine, il a été alité sans qu'on ne lui fasse de plâtre. Des radiographies avaient toutefois permis de voir qu'il avait des fractures au niveau de la vertèbre L2 et du coccyx. Ses fesses étaient couvertes d'ecchymoses.
«J'ai vécu l'enfer pendant plusieurs jours. Ils ont fait des points de suture et mis un pansement en laissant un trou pour laisser couler le sang. Mes bobettes étaient détrempées de sang le lendemain matin», raconte le résident de St-Jérôme.
Le voyage de Daniel Baril avait pourtant bien débuté. Amateur d'escalade, il s'était rendu dans les mogotes de la Vallée de Vinales, un site réputé, fréquenté par plusieurs Québécois. Il était arrivé à Cuba avec sa conjointe, le 30 décembre. Le 10 janvier, cette dernière est rentrée au Québec. Daniel Baril a poursuivi son périple avec d'autres amateurs d'escalade.
Le 15 janvier, il se trouvait avec une Québécoise qui vit dans l'Ouest canadien lorsqu'il a fait une vilaine chute de 15 pieds avant de frapper la paroi. «J'ai tout de suite su que c'était grave. J'ai dit : Mon dos est brisé, on ne me bouge plus.»
Une douleur intense
Sous la force de l'impact, une de ses dents a cassé. Il a toutefois fallu attendre environ quatre heures avant l'arrivée d'une ambulance. Une fois arrivé à l'hôpital, il a été alité. Pendant une semaine, il a reçu des soins jusqu'à ce que la direction de l'établissement apprenne que son assurance refusait de payer. «Ils ont paniqué. Daniel m'a envoyé un texto : « Qu'est-ce qui se passe ? Ils ferment mon dossier et me mettent dehors», raconte sa conjointe, encore bouleversée.
Une attente interminable
L'homme a finalement été amené en ambulance à la banque locale pour payer les soins avec sa carte Visa. Depuis, les médecins lui ont fait un premier plâtre en lui disant qu'il ne pourrait pas marcher avant quatre mois.
Cela n'a toutefois pas empêché l'homme de recevoir son congé. Depuis, il passe ses journées, allongé dans le petit appartement situé derrière la maison d'un habitant de Vinales. «Je n'ai pas de visite et je trouve le temps long à regarder les murs en béton. Je ne vois pas vraiment dehors.»
L'homme souhaite aussi revenir rapidement pour retrouver sa fille de dix ans qu'il n'a pas vue depuis le 30 décembre. «Je n'ai pas vu ma fille, c'est dur. On avait organisé sa fête le 2 février et j'étais cloué ici.»
Un groupe Facebook intitulé «Sophie needs our help» a été créé pour recueillir des dons.
L'assurance Croix-Bleue se défend
La compagnie d'assurance Croix- Bleue assure que le dossier de Daniel Baril est encore en évaluation et qu'il est donc trop tôt pour dire s'il sera dédommagé ou non pour sa mésaventure.
«Il manque des informations pour compléter l'analyse», a soutenu le directeur Assurance voyage de la Croix-Bleue au Québec, Michel Courtemanche. Il estime que certains critères incluant l'escalade peuvent mener à l'exclusion.
Daniel Baril est presque certain d'avoir mentionné qu'il allait faire de l'escalade au moment où il a pris sa police. Or, la compagnie Croix-Bleue a dit à sa conjointe que ce n'était pas le cas après avoir réécouté l'enregistrement audio.
On n'a toutefois pas pu lui fournir une copie de cet enregistrement jusqu'à maintenant. Daniel Baril dit aussi leur avoir demandé d'entendre l'enregistrement.
Rapatriement déconseillé
Malgré tout, Michel Courtemanche ne recommande pas à la famille de Daniel Baril de le rapatrier elle-même. «Dans le jargon, on utilise le terme fit to fly. Est-ce que nos équipes sont suffisamment à l'aise pour le faire voyager ? Il y a une question de pression en avion. On ne peut pas improviser», indique Michel Courtemanche.
Il indique que la compagnie d'assurance voit normalement aux soins sur place. Dans le cas de Cuba, elle doit toutefois passer par la compagnie d'assistance cubaine Assistur. «Les soins ne sont pas égaux partout dans le monde. Parfois, la communication n'est pas facile», dit-il, sans nécessairement faire référence au cas spécifique de M. Baril.
Michel Courtemanche invite toutefois la famille à recontacter la Croix-Bleue pour discuter du dossier.
La famille de Daniel Baril souhaite trouver un médecin du Québec pour lire ses radiographies. Tous ceux approchés jusqu'à maintenant ont refusé disant ne pas avoir de requête du médecin cubain pour les lire. Seul un chiropraticien a accepté de les regarder. « Je veux avoir l'heure juste. Je n'ai pas la moindre idée des risques. Je ne veux pas prendre la moindre chance et rester paralysé », conclut le blessé.