Une nouvelle étude qui conclut qu'environ un million d'écoliers américains se font prescrire inutilement du Ritalin devrait susciter une importante réflexion au Québec, où la consommation de ce médicament est en forte croissance, estime un expert de la question.
L'étude publiée lundi et réalisée par le professeur Todd Elder, de la Michigan State University, conclut qu'un million de petits Américains sont diagnostiqués à tort comme ayant un déficit de l'attention avec hyperactivité (TDAH).
Comme au Québec, ces enfants se voient généralement prescrire des médicaments de la famille du Ritalin, un psycho-stimulant dont les effets à long terme ne sont pas bien connus, souligne le professeur.
Différence d'âge
Selon Todd Elder, qui a mené son étude auprès de 12 000 enfants, les élèves les plus jeunes des classes de maternelle ont 60 % plus de chance d'être jugés atteints d'un TDAH que les plus âgés. «Si un enfant ne se comporte pas bien, s'il est inattentif ou ne peut pas se tenir tranquille, c'est peut-être simplement parce qu'il a cinq ans et que les autres en ont six», dit le professeur.
«Il y a une grande différence entre la maturité d'un enfant de cinq ans et celle d'un enfant de six ans, souligne-t-il. Les enseignants ainsi que les médecins devraient en tenir compte.»
La même tendance a été constatée dans des classes fréquentées par des élèves plus âgés, entre la cinquième année du primaire et la troisième année du secondaire. Là encore, ce sont les plus jeunes élèves qui sont les plus nombreux à présenter un trouble du déficit de l'attention et à être médicamentés en conséquence.
Comportement normal
Le docteur en neurosciences Joël Monzée estime que l'étude donnerait «probablement exactement la même chose», si elle était menée au Québec. Il souhaite que les constats de ce chercheur suscitent une grande réflexion dans la province.
En mai dernier, le Journal révélait que la consommation de Ritalin atteignait un niveau record au Québec, pour les trois premiers mois de l'année.
«Ça fait des années que je dis qu'on diagnostique à tort certains enfants, lance Joël Monzée. Si on prenait davantage en compte toute une série de signaux extérieurs comme l'âge de l'enfant et sa situation familiale, on se rendrait compte que plusieurs enfants qui réagissent de manière inattentive et en bougeant ont un comportement tout à fait normal et sain pour eux.»
«Ça fait partie de leur manière de survivre, de s'adapter à un système qui est toxique pour eux», explique-t-il.