Le film Les Plouffe a droit ce soir à une seconde vie alors qu'il est en vedette au Festival des films du monde grâce au projet Elephant, la nouvelle mémoire du cinéma québécois. En deux ans, plus de 75 oeuvres du passé ont été restaurées. Un travail colossal qui permet ce soir à Rita Toulouse de vivre un moment de gloire tout à fait inattendu.
Rappelons que Quebecor a accordé un budget de 2,5 M$ pour la restauration de 1 000 films sur cinq ans.
En France, le gouvernement vient d'accorder un million d'euros sur dix ans pour un projet similaire.
Hier, Claude Fournier, qui a accompagné le maire de Québec, Régis Labeaume, dans son périple en France en juin dernier, indiquait au Journal de Montréal, la surprise d'un haut dirigeant du gouvernement français de voir que chez nous, le travail était déjà commencé et pas financé par l'État.
«C'est tout en notre honneur et je crois que nous allons garder des liens afin que nos films restaurés qui évoquent et représentent notre histoire, voyagent» précise Claude Fournier, responsable de ce vaste projet en compagnie de sa femme Marie-Josée Raymond.
Un travail de moine
Redonner vie à un film comme Les Plouffe constitue un travail de moine.
Claude Fournier explique.
«Il ne restait qu'une copie positive en mauvais état, couverte de sous-titres italiens car Gilles Carles l'avait montée pour le Festival de Taormina. C'était sa version de prédilection. Hélas, cette dernière version est en si piètre état qu'il est impossible d'en effectuer le transfert sans détériorer à tout jamais l'équipement haute définition à cet effet. De plus, la Cinémathèque refuse obstinément, pour d'incompréhensibles raisons, que nous la fassions décrotter en profondeur. L'objectif ultime était de reconstituer un clone des Plouffe de Taormina, mais sans les sous-titres évidemment. Nous savons que c'est cette version de 198 minutes que Gilles Carle souhaitait voir survivre."
Le grand nettoyage
Alliance Film détient les droits du film. Il a fallu des négociations avec eux.
«Il a fallu une quarantaine d'heures à Vince Armari, chez Technicolor pour corriger et harmoniser la couleur, effacer les taches, les rayures, les déchirures...tout ce genre d'avaries que subit inévitablement un film avec le vieillissement» ajoute Claude Fournier.
Chaque film restauré peut coûter entre 8 000 $ à 75 000 $. «Dans ce cas-ci, on parle du budget le plus élevé». C'est en y travaillant chaque jour que nous saisissions l'importance de ce projet qui fait revivre toute une cinématographie qui parle de notre histoire. Ce sera pour moi très émouvant, ce soir, de revoir sur grand écran Les Plouffe de Gilles Carle. Je dirais que c'est son film le plus achevé», ajoute Claude Fournier.
La Rita Toulouse du Québec
Rejointe hier à son domicile, le jour de son anniversaire, l'actrice Anne Létourneau parle encore avec émotion de ce fameux rôle de Rita Toulouse.
«D'abord, bien des gens ont su aux funérailles de Gilles que je fus sa compagne pendant quatre ans. Et c'est moi qui, après avoir lu le roman de Roger Lemelin, lui ai suggéré que cette histoire pouvait faire un film puissant sur nous. C'est alors que je suis devenue sa Rita Toulouse, une femme fragile avec un coeur d'enfant. Elle l'a aimé son Ovide. Je me suis inspirée de Marilyn Monroe pour la jouer» raconte Anne Létourneau, très heureuse de voir qu'une tout autre génération aura accès à ce film.
Pour l'actrice qu'elle est, ce rôle ne lui a pas porté chance pour sa carrière au Québec.
«Je ne l'ai jamais compris d'ailleurs. Les Plouffe m'ont donné ma carrière d'actrice en France et en Europe, mais pas ici. Je ne sais pas pourquoi et au fil des ans, j'ai cessé d'attendre ces rôles qui ne venaient pas. J'ai aujourd'hui une vie bien remplie avec ma fille de dix ans et je donne des conférences de bien-être personnel après avoir connu des moments difficiles», précise-t-elle.
Sa scène préférée du film Les Plouffe est celle du Château Frontenac. Et elle rend hommage à Gabriel Arcand.
«Pour moi, la scène dans la cuisine où il dit qu'il n'y pas de place pour les Ovide Plouffe du monde entier méritait un Oscar.»
Denise Filiatrault tient un discours similaire. «C'est tellement important que ces films importants qui racontent notre identité et le Québec d'hier, aient droit à une seconde vie. Et ça per met à nos jeunes de connaître qui on est, d'où l'on vient. Et Gabriel Arcand faisait un Ovide Plouffe extraordinaire, touchant. Ça rappelle qu'on nous disait que nous étions nés pour un petit pain, que nous étions des petites gens. C'était une époque et c'est bon de le revoir, car ça nous indique le grand chemin que nous avons parcouru».
C'est ainsi que le FFM déroule le tapis rouge ce soir pour Les Plouffe de Gilles Carle qui vient de se refaire une beauté.